‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 51 sur 219 · RICHELIEU CONTRE LES ASSASSINS · texte numérisé non relu

RICHELIEU CONTRE LES ASSASSINS

est accourue de Saint-Germain rapporter à Son Éminence cette courte oraison funèbre.

Richelieu a peu de goût pour les rois qui font ou laissent assassiner leurs serviteurs. Ce Waldstein, duc de Mccklenibourget de Friedland, prince de rEmpire, il lui est sympathique, ne serait-ce que par ses succès et son faste. Cet homme de « bon jug-cment », songe-t-il, « eut l'honneur de remettre les affaires désespérées de son maître en tel état, que Ton commença à en concevoir bonne espérance et à faire croire que l'effort de l'ennemi, qui avoit été jusqu'alors invincible, pouvoit être soutenu ou surmonté. Enfin il donna la mort en bataille rangée à l'ennemi de son maître, et pour récompense reçoit la mort, de la part de son maître, dans sa maison, par la main de ses serviteurs (1) ». Avec quelle amertume le cardinal observe : « C'est une chose bien étrange et qui montre la faiblesse et l'indignité des hommes que, de tant d'hommes qu'il avait obligés, il n'y en eut un seul dans la viUe qui s'émùt pour venger sa mort, chacun d'eux cherchant des prétextes imaginaires de son ingratitude ou de sa crainte (2). »

Ce n'est plus la cour de Vienne, l'Empereur, Waldstein et la ville d'Egra qui hantent à présent l'imagination de Richelieu, c'est le Roi, c'est la cour de France. Douloureuse méditation, retour sur soi-même : « Si un maître a peine de trouver un serviteur à qui il se doive confier entièrement, un bon serviteur en a d'autant davantage de se fier totalement en son maître, qu'il a près de lui mille envieux de sa gloire et autant d'ennemis qu'il a faits pour son service. » Ces ennemis, le cardinal les connaît bien : « par mille flatteries », ils l'accusent. Un prince a l'esprit « jaloux, méfiant et crédule » ; un prince « a toute-puissance d'exercer impunément sa mauvaise volonté » « contre ses serviteurs ». « Pour lui plaire, chacun lui déguise du nom de justice les actions de sa cruauté ou de son injuste jalousie. » D'ailleurs si la tête du serviteur est menacée, la tête du maître l'est aussi. Les rapports diplomatiques ne sont pas rassurants :

(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. VIII, p. 104.

(2) Ibidem, t. VIII, p. 101-102.

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