PUISE ET SAC DE TIRLEMONT
sur lui que s'épand plus larçemeut la fureur de nos ennemis et des âmes espagnolisées. Qui ne s'étonnera d'une si injuste passion? Ne derroient-ils pas se contenter de l'avoir autrefois appelé le cardinal de la Rochelle? d'avoir fait tous leurs ett'orts pour donner de mauvaises impressions de lui au dernier légat que Paris a vu? N'est-ce pas assez d'avoir irrité les plus modérés dans toutes les provinces par l'appréhension que l'on leur donnoit de voir dans peu de mois un patriarche au lieu d'un archevêque à Paris ou à Lyon et un schisme dans tout le Royaume? Peu de gens ignoi-ent ce que je dis, Rome même s'en est émue et a cru que les Gaulois se disposoient à repasser les monts pour aller fouler aux pieds la dignité du Saint-Siège et la gloire de son nouvel Empire... Je sais bien ce qui entretient les émissaires d'Espagne dans leur humeur sombre et ce qui les fait regarder d'un œil de jalousie les meilleures actions du grand cardinal de Richeheu : les affaires du Roi prospèrent tout autrement qu'elles n'ont fait sous les gouvernements passés, sa réputation est plus générale et son autorité appuyée sur de plus solides fondements; ce n'est pas ce que désirent les pensionnaires de nos ennemis; le Conseil de conscience ne le peut souffrir; la maison d'Autriche court fortune dans ce changement (1). »
Tandis que se poursuivait cette guerre de plume, le prince d'Orange et les maréchaux venaient de s'emparer de Tirlemont, que leurs soldats malgré les ordres contraires mirent à sac. Les atrocités de Tirlemont firent plus pour maintenir les Belges dans l'obéissance do l'Espagne que tous les manifestes espagnols. La jalousie des chefs, les difficultés du ravitaillement paralysaient l'armée française. Elle parut à une lieue et demie de Bruxelles, que défendait le cardinal infant, retranché derrière le canal longeant la route d'Anvers; elle ne réussit qu'à épouvanter les Bruxellois. Voyant que les Espagnols se refusaient à sortir de leurs lignes, les maréchaux n'osèrent demeurer en un poste où ils craignaient de ne pouvoir nourrir leurs troupes : ils obtinrent
(1) Les Vérités françaises opposées aux calomnies espagnoles, t. ], p. 21-26.