‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 73 sur 219 · LA VALETTE EX ALLE.MAGXE · texte numérisé non relu

LA VALETTE EX ALLE.MAGXE

Dès le 5 juillet 1035, apprenaut que « les réginients de Suiiit- Farjcu et Vineuil et quelque cavalerie » venaient d'être « enlevés dans leurs quartiers », le ministre avait écrit à Bouthillier : « Les nouvelles d'Allemagne sont très mauvaises (1) ».

Ce qui était plus grave, c'était le traité que l'Empereur et l'Électeur de Saxe avaient signé à Prague, cinq semaines auparavant. Ce traité autorisait la religion protestante dans l'Ilmpire, sauf dans les États héréditaires de la maison d'Autriche. L'Électeur conservait pendant cinquante ans la jouissance des biens enlevés à l'Église romaine; au bout de ce demi-siècle une décision judiciaire interviendrait. Il gardait trois places dans l'archevêché de Magdebourg- et pouvait en confier l'administration à son fils. L'Empire offrait une compensation à la Suède, si elle souscrivait au traité. Quant aux autres princes, catholiques ou protestants, ils recouvraient tous leurs biens.

Si les Suédois avaient été indig^nés d'une telle palinodie, l'Électeur de Brandebourg, alléché par l'offre de la Poméranie, avait signé comme celui de Saxe; puis Guillaume de Saxe- Weimar, frère de Bernard, puis les princes d'Anhalt, puis Georges, duc de Lunebourg, puis Francfort-sur-le-Mein, puis Nuremberg, puis Ulm, puis les princes de l'Empire et les villes impériales, excepté le landgrave de Hesse et quelques autres principautés qui surent résister à la tentation. Les Suédois et les débris de la Ligue protestante ne pouvaient plus compter que sur l'armée du cardinal de La Valette (dix-huit mille hommes de pied et six mille chevaux), dans les rangs de laquelle Turenne servait en qualité de maréchal de camp et que devaient grossir les troupes du duc de Weimar. L'Éminence française et l'Altesse luthérienne se joignirent à Fesme sur la rive gauche du Rhin. Le prince ne refusa nul honneur au cardinal, qui lui laissa la part la plus importante dans le commandement et le plaisir de rêver à la belle principauté qu'il allait sans doute se tailler en Allemagne avec l'aide do la France.

Les deux chefs allèrent de succès en succès. Le 28 juillet, c'est

(1) Avene], Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 92.

l-2() PÉN BLE RETRAITE SUR LALLEMAGXE

la ville (le L)eu\-Pouts, assiégée depuis le 22 ])ar le conito de Gallas et délivrée par eux quelques heures avant le moment fixé pour la capitulation; le 13 août, c'est Bingen, au bord du Rhin, qui capitule entre leurs mains. Le comte de Mansfeld, qui pressait Mayence, s'enfuit à leur approche. Les deux généraux traversent le ileuve, entrent dans la ville, où la disette commençait à se faire sentir, et mille sacs de blé fournis par Bingen ravitaillent Mayence, Bonheur que le Père Joseph, dans sa chambre de Kueil, comparait à celui du cardinal infant et qui lui faisait écrire, le 14 août, au cardinal de La Valette : « Je ne puis dire autre chose sinnn qu'il semble que les cardinaux ont, cette année, quelque bonheur fatal pour arrêter les progrès des grands capitaines (1). »

Mais de Worms, Gallas, pour affamer les envahisseurs, ravage les dernières oasis dun pays déjà tant de fois ravagé. Bientôt la cavalerie en est réduite aux feuilles d'arbres et de vignes, les hommes ne mangent plus de pain que tous les quatre jours, et ce pain coûte un écu la hvre. Nourries de choux, de raves et autres racines qu'elles vont ramasser dans les champs et les villages déserts, les troupes françaises, — moins résistantes que les suédoises, — semblent prêtes à la révolte. Turenne vend sa vaisselle d'argent pour leur procurer de la nourriture; rien ne les apaise.

On dut battre en retraite devant Gallas, qui suivait à la tête de trente mille hommes. Le Rhin fut repassé les 15 et 16 septembre, sur un pont de bateaux, « en très bon ordre, les bagages ayant niarché devant et la cavalerie ensuite, l'infanterie demeurant cependant en bataille dans un grand retranchement où toutes les troupes de l'Empereur ne les eussent pu forcer (2) ». impossible de revenir par Mayence, où le duc Bernard « avoit des blés et des farines » : Gallas venait de s'en emparer. Impossible de gagner Hambourg, Ueux-Ponts, Sarrebruck et Saint-Avold, où le cardinal et le prince avaient entassé les vivres. Sept jours durant, l'armée

(1) E. Charavay, Collection et lettres autographes et documents historiques sur le règne de Louis XIII, p. 86.

(2) Mémoires du Cardinal de Richelieu (éd. Petitot), t. VIII, p. 380.

Page 1