ASSAUT DE BONS OFFICES
la paix serait 8ign<''0 avec rKsiiaf-i-nc (1). A la Heine iiiëre qui, k ses heures, n'était j)as moins pressante, il avait «lit qu'il n'était ni en lieu ni en état où l'on pAt prendre résolution sui* une chose si importante et (ju'il fallait attendre «l'être à l'aris.
Cependant Hichelieu «lescendait le cours paresseux de la Loire; il emportait en lui-même le secret des paroles (pie Louis XIII lui avait dites avant (ju'il ([uittAt Moannc. Le Hoi l'avait averti (pic la « Heine sa mère était mal satisfaite de sa ronduite »>, il lui avait « conseillé de se réconcilier sincèrement avec elle (2) ». Aussi le cardinal, (pii voyageait sur le même hat«'au (juela Heine, se mulfipliait-il aiipiès d'(dle. Nul mieux que lui ne savait organiser un voyage, lixer les meilleures étapes, ohtenir en chemin le mininmm de fatigue, et, le soir, à la couclnx', Iors(|ue les coffres étaient ouverts, les meuhles installés, les lits (lress(Si, les tapisseries tendues, le maximum de «onfort ^3). Il a raconté luimême ses enq)ressements aupW's de la Heine : « Il n y a honneur, disent les Mémoires, (ju'il n(î rende à sa pei*sonne, ni soin (pi'il ne contrihue à ce que tous les siens, chacun selon sa condition, soient logés et traités selon (|u'ils le peuvent désirer (i). » M. do La Villc-aux-Clercs a hien mérité de la ])0stérité. loi-squ'il nous a dépeint les deux irrckonciliahles ennemis aux petits soins l'un pour l'autre sur le hateau (jui les emportait. Le cardinal, « y mit eu usage tout son jeu, écrit-il, et examina la contenance de toutes les dames (pii y étaient : ce (jui lui fut très inutile, car la Heine, qui était née Florentine, lui lit voir c|uc, (juoiqu'elle eût passé trente années en France, elle n'avait pas encore oublié l'art de dissimuler, tpii s^apprend dans tous les pays du monde, mais (jui est naturel à l'Italie (5) ».
Maintenant le Roi, l'abcès une fois percé, se croyait proche de la guérison ou du moins le paraissait. Le 28 octobre 1630, tandis que les navigateurs arrivaient à Digoin, Louis XIII, qui la veille avait eu à Montargis une entrevue avec Monsieur, écri-
(1) Mémoires du Comte de Brienne, p. 52.
(2) Ibidem.
(3) Maximin Deloche, La maison du Cardinal de Richelieu, j>. 4i7-460,
(4) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Pelitot, t. VJ, p. 427.
(5) Mémoires du Comte de Brienne, p. 52.
RICHELIEU ASSURÉ DU ROI. iS'»
vait au cardinal : » Nous nous sommes sépares fort bons amis, mais j'ai peur que cela ne dure guère. Il s'en est retourne à Paris et moi je suis venu coucher en ce lieu (Liuas près Mont- Ihéry) et ai fait quatre lieues à cheval, de quoi je me porte fort bien, Dieu merci. Vous vous pouvez assurer que, (|uand mon frère me parlera de vous, je vous soutiendrai toujours comme il faut (1).
Vers le mèiiic tciups, liicliclieu vit Lcniis Xill à quelque viufjrt lieues au nord-est de la Loire et nota dans son Journal : • Le Uoi découvrit au cardinal à Au.\erre tout ce que la Reine mère lui avait dit contre lui de plus diabolique et les inventions dont elle s'était voulu servir pour lui persuader (2). »
Le traité non ratilié, la paix en suspens. Casai occupée, le Kui guéri : les circonstances étaient changées. Tout s'exjiliciue : le cardinal avait eu à la fois le coup d'œil, la résolution et la chance de savoir attendre. Si, à Ratisbomie, les négociateurs avaient attendu quatre jours!.. Et cependant, qui sait? n'avaientils pas été sages de ne pas attendre et de fournir au cardinal la possibilité de faire la paix, solution qui eiU, en cas de péril, répondu à tout. Leur hâte rendait maintenant son triomphe personnel plus éclatant.
(1) Comte de Bt-aucliamp, iMuh XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 83.
(2) Jourtutldu Cardinal- Due de Hichelieu, p. 5.
RICHEUei'. — T. III. 19
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