MARIE DE MKDICIS NE VEUT RIEN ENTENDRE
ni pour ses serviteurs par sa boutade; jeu ai pAti fort inuoceuiment (1). »
Purgée enfin le 19 mars, Marie de Médicis fit espérer ([u elle partirait vers le 2G, après « la fête de Noti'e-Dame ». N'empêche, (ju'au début d'avi'il, lorsque M. de Saiut-Chauuiont se présenta au château de Couipiêgue, elle n était pas encore prête. Le gentilhouinie lui apportait une lettre du Roi. Louis XIII, après avoir rappelé les raisons des mesures qu'il avait prises à regret, assul'ait que le séjour de la Reine à Moulins n'était ([ue pour un tenij)s. Il conservait pour sa mère u 1 amitié et le respect qu elle pouvait attendre d'un lils » ; il « s'étounait de ce qu'elle le jugeait capable de prendre des résolutions violentes contre elle », mais il lui enjoignait de pai'tir : « J'apprends avec beaucoup de déplaisir, disait-il, (jue vous retarder de jour en jour votre parlement ([uoi([ue N ous m'ayez ci-devant assuré y étif disposée. Si votre indisposition en est la cause, j'en suis doublement fâché... Je prie Dieu de tout mon c(eur <{uo vous en soyez déIi\Tée et vous prie de ])artir maintenant sans remise pour des considérations importantes à uiou État et pour faire cesser des bruits qu'aucuns méchants esprits font courir ([ue vous n'êtes pas dans Compiègnc en pleine liberté, ce qui ne se pourra plus dii-e ni. penser, loi'sque, étant en votre maison de Moulins, il n'y aura plus personne auprès de vous tjui vous puisse donnei* ond)rage (2). » — « Monsieur mon lils..., répondait Marie de Médicis le 11 avril, je vous dii'ai, avec tout le respect que je vous dois, que je remets au jugement de ceu.\ qui ont considéré sans passion et sans intérêts ce qui s'est passé en ce lieu, et votre séparation (l'avec moi, si les causes que vous en avez vous-même déclarées, méritaient ce traitement et si vous avez di\ pi«endre en mauvaise paii;, conmie si c'avait été un crime, de n'avoir pas fait l'accommodement... avec le cardinal de Richelieu, ce que lui-même n'a jamais voulu, bien qu'en apparence il ait témoigné le désirer et l'cchercher. » Marie de Médicis se disait dans l'impossibilité d'obéir aux commandements du Roi; elle le conjurait de ne point
(1) p. de Vaissières, L'Affaire du Maréchal de Marilluc, p. 98.
{•>) Louis XIII à Marie de Médic», 1" ayril 1631 (B. H. Fr. •>3.310. f" l?8\
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trouver mauvais qu'elle fût « l»lrssr«î d'une a|)|»rélieusioii » «ioiit elle ne parvenait pas à ^"uif-rir : « Ayant fait volontairement le chemin d'ici audit Moulins, expliquait-elle, on peut, en «juatre jours jue remettre sur le lUiône, pour me coiMluire dans les galères que vous me faites ]»réj»arer poui- me j)asser en Italie, Lieu à la vérité de ma naissance, mais, en ayant apporte avec moi, lorsque je suis venue en France, tout ce que j'y avais de vaillant, il ne me rester ni honneur, ni hien, ni i-etr-aite (pu* j»ar la trrAce de ceux qui, éloi;.;iiés njaintenant de parenté et ne m'ayant jamais vue, auraient beaucoup de raisons de ne me pas recevoir dans leurs Ltats, si mon j)roj)re fils ne m'a pas pu souffrir dans les siens (1). »
M. de Saint-Chaumont ne put lui ])ersuader de con<lescendre aux volontés de oc lils; elle jura qu'on ne la « ferait partir que par les cheveux ». Hetounié auprès du Roi et revenu à Couipiègnc, il ne réussit pas davantage. Le maréchal de Schond>erg et M. de Roisy, doyen du Conseil d'État, ne furent j)as plus heureux. Kn vain ils lui offrirent Angers et le gouvernement de l'Anjou. Klle déclara que, lui offriraient-ils Monceaux ou le Luxendjourg, elle ne bougerait point : « Il en serait ce qu'il plairait à Dieu ». Craignant d'être enlevée pendant une dos promenades qu'elle faisait en foret, et embarquée pour l'Italie, elle ne quitta plus sa chandjre que pour arpenter la terrasse qui communiquait avec son appartement. Elle écrivit au Roi le 25 mai. Celui qui a servi de secrétaire a su, comme l'observe M. Henrard, canaliser dans de belles phrases correctes les flots de la colère de sa maîtresse, mais c'est bien l'indignation de la Florentine qui fait l'éloquence de cette lettre : « Si je ne connaissais, disait-elle, l'esprit de celui qui conduit cet ouvrage et qui travaille à ma ruine, et le danger où je suis, étant du tout en sa puissance et ex'posée à sa passion, maintenant qu'il a entièrement réoccupé le vôtre, je ne pourrais m'imaginer les maux qui me sont préparés et croirais que votre bon naturel arrêterait sa passion; mais par qui serai-je défendue, puisque je ne serai présente quand ses commissaires vous feront
(1) Marie de xMédicis à Louis XIII, il avril 1631 (B. N. Fr., f° 23.310, f" 130j.