‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 162 sur 172 · IL EST ENFERMÉ AU CHÂTEAU D'ANGOULÉME · texte numérisé non relu

IL EST ENFERMÉ AU CHÂTEAU D'ANGOULÉME

les affaires. M, le Garde des Sceaux les entend pour le moins aussi bien que lui (1). »

Tout poussait Chàteauncuf à sa perte, et il s'y portait de luimême...

Le 25 février 1G33, à huit heures du >«»ii-, le ^-arde des Sceaux voit entrer chez lui, au clu\teau de S<iint-(iermain, M. de La Vrillière, secrétaire d'État, (jui, de la part du Roi, lui demande les Sceaux et tous les papiers qui sont là dans une cassette. Chàteauiieuf, atterré, livre la boite; il est si troublé, qu'il oublie d'y joindre la clef, pendue à son cou (2). Après la boite, les Sceaux. Le malheureux, en reconduisant La Vrillière, le prie d'engager le Roi à lui accorder la permission de se retirer dans sa terre de Chàteauncuf en Berri.

Mais que veut dire ceci?... Dans l'antichambre se trouvi' M. de Gordes, capitaine des gardes, qui s'avance vers lui, l'arrête et lui annonce qu'il a re(;u l'ordre de le conduire à Rutlec. En attendant, il va le laisser entre les mains de M. de Lamont, exenqit de la garde écossaise : M. de ChAteauneuf n'aura d'entretien avec jiersonne que Lamont n'y soit en tiers. La Vrillière reparait. Il vient chercher la clef de la cassette. ChAteauneuf la détache de son cou, s'excuse de l'oubli. La Vrillière lui annonce (|ue le Roi n'agi'ée pas sa demande.

Richelieu se souvenait que, dans certaine lettre du k février où le Roi lui parlait de « l'insolence du Parlement » et des moqueries « des personnes que vous savez », Sa Majesté avait conclu ainsi : « Vous savez comme je vous crois en toutes mes alfaires; croyez-moi en ces deux-ci et nous en aurons raison (3). » Et il écrivait, le 6 mars, cette lettre destinée à passer sous les yeux <lu Roi : « Le temps fait tous les jours paraître de plus en plus l'alfaire du sieur de ChAteauneuf inqjortante et le cardinal avoue ([ue la prévoyance et la défiance du Roi étaient avec raison préférables à la simplicité dudit cardinal (4-). »

(1) Père r.rittet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. il, p. 3'.i4. (•2) Ibidem, p. 390.

(3) Comte de Ueauchamp, Louis XIII, p. 108.

(4) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 44i.

414 SOUT DES DIVKRS CONJUHKS.

On fit iiionlci' \o ]>riKoniii<>r «laiis un raiToHsp, qui prit la roui- (le HufiV'c avec uiK' «îscoi'to <lo ciiKiuaiitc clievau-li^f^en». Vu onli • (lu lloi ne tarda ^ui'va h iv rcjoiiidn' pour \'<'hnfsncv «Mnori*. !• conlincr dans ic cliiltcau d'Aii^^^ouIruic, d'où il lu* «Kîvait sortir i\u< dix ans plus tard, — lorsipic lo cardinal fut « horHdccc monde

Louis XIII avait pris la princ de donner lui-ui(>nu> à Kichelicn des nouv(dles du prisonnier : <« Mon Cousin, écrivait-il, le 7 ma? MuV.i, Lamont me mande (pi'il a pris ([uelcpies papiers dans I toilette du sieur de (^liAteauneiif, écrits d une lettre italienne ])leine de jargon et chillres; «pi'il sait encoii; tpie son cliirui gicn, nommé Iji Jay, en a caché et que ledit sieur do CliAteau neuf en a de cousus dans son ))ourpoint... Il dit «pie le sieur de CliAteauneuf est fort mélancolicpie... Je vous ]>ric d'avoii- soin de vous et de j)rcndrc g-arde à votre personne (1 .

N'insistons pas sur le sort de ceux (pii avaient ]>ont<'' sur la for tune du ^--arde des Sceaux. Ménessier, son secrétaiiv, devint fou à la vue du commissaire (pii linterro^'-eait. Son ami le maréchal «l'Estrécs, qui commandait à Trêves rarméedu Roi, ajipréliendanl le sort de Marillac, s'enfuit en pays ennemi: puis, rassuré, il tenta de s'expliquer; Richelieu pardonna: il écrivit de sa main sur la minute de la lettre : « Je vous assure qu'on ne s'est jamais inuiviné que vous fussiez emharrassé dans les affaires de M. de Chàteauneuf (2). » M. de l^uville, neveu de Chdteauneuf, fut emprisonne au château de Couzièrcs, près de Toui*s. I Parlement de Rourirog-ne sévit contre les serviteurs de Monsieui*. contre le président Le Coigneux. Montsi^'ot. maître des comptes. Deslandes-Payen. conseiller au Parlement de Paris: il condamna par contumace les deux premiers à la peine capitale, le troisième au bannissement. M, de LalFemas, alors intendant en Champagne, fut chargé de juger, avec le présidial de Troyes, diver»^ criminels de lèse-majesté.

Cette âme damnée du cardinal est sans pitié pour les prévenus : à l'écartèlement le vicomte d"H«*)tel, le marquis de Sahlonuières, les barons de Cirey, de Changy et de Tenances, MM. de

(1) Comte de Beauchamp, Louis XIII, p. 110.

(2) Calalof^ue Charavay, 1873.

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