‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 161 sur 172 · LE ROI LUI-MEME AVEHTIT LE CARDINAL · texte numérisé non relu

LE ROI LUI-MEME AVEHTIT LE CARDINAL

aujourd'hui. Je lie veux pas vous occuper davautagc poui* ce soir. Il faut uiieux employer le teuips qu'à lire une louirue lettre. Cette raison m'oblige à vous envoyer des heures et un chapelet, (jui vous ferout voir que, si je n'ai pas appris en ce lieu la vertu d'humilité, j'ai trouvé celle de la pauvreté, qui ne saurait être mieux représentée que j)ar les dévotions que je vous en envoie. Le cachet est pour fei'mer les lettres (jue vous m'écrivez. Je pense (jue vous vous en servirez plus que du reste. » Elle ne se trompait point; elle put lire du barbon des hymnes d'amour et des serments d'obéissance : « J'attends im)>atiemment votre commandement... Mon Dieu ! faut-il que je passe un jour de ma vie sans vous servir!... Que je me trouve lîVche d'employer mes soins à autre chose ! «

Cette correspondance, où M'"* de Chevreuse jwait ([u'ello (( aimait mieux se résoudre à périr (|u'à faire des soumissions au cardinal », dont la n gloire ne lui était pas seulement insup- ]>ortal>le, mais odieuse », Richelieu ne la connaissait pas encore, mais il la soupçonnait, il la devinait. Quand la duchesse venait le voir en sa maison de Rucil; ([uand, malgré « force gens qui l'interronq)aient souvent », le cardinal « la pressait au dernier point, pour savoir comme elle était avec le garde des Sceaux, (lisant ([ue tout le monde les croyait eu une intelligence extrême », elle répondait que Chàteauncuf « lui était indill'érent ».

Le Roi était averti de tout : « Mon Cousin... écrivait-il de Saint-Ccrmain, le i février 1033, au cardinal, je viens d'avoir avis, par une voie du tout assm'ée, qu'un ouvrier, venu d'Angleterre, est venu trouver la lapidaire (M*"" de Chevreuse), à Jouarre. Si elle vous le dit elle-même, c'est quelque témoignage d'amendement. Si elle ne vous en parle point, au moins connaissez pour la dernière fois qu'elle vous trompe et se moque de vous et de moi. » Et ce Louis XIH, si renfermé, ouvrait son cœur au cardinal : « Je vous avoue, lui confiait-il, que deux choses me picjuent extraordinairement et m'empêchent quelquefois de dormir : l'insolence du Parlement et les moqueries que ces personnes que vous savez font de moi, sans vous y oublier (1). »

(1) Comte de Beaucharap, Louis XIII, p. 108. — Il est à observer qu'en ce moini>nt même, Châteauneuf écrivait pour le Roi ua mémoire très étudié sur les droits du

412 CIIATEAUNELF DOIT REMKITUE LES SCEAUX.

Cos « pcMsoimcs c[uo vous savez », rVtaioiit eiitn* nutn's M'"' do Chevrousc vi CliAtcuiiiiouf. IK's w nioiiioiit, ïch lottr<*s <U*h deux « écrivains » coninieiicèrciit à pnsHep (1) nous le» yeux du cardinal. Son Kniinonco les lut avidement : « Vu terme injuriiMix dont on se servait dans cette cal»ale j)onr d/'sivner le cardinal fut ce (|ui l'ollensa davanta^.'c », dit ])ndi([u<Mnent Voltaire, (|iii ajoute dans une note rajiide : « La Heine Anne et la duclieK^l'appelaient cul pourri (2). » Main, comme le remarque Levassoi appeler ainsi un cardinal « n'est pas un «rime de lèse-majesté ».

Ce (pii contribua le plus à la perte de Cli/Vteauneuf, ce futcertain*dépêche de Fontenay-Mareuil, ambassadeur de Frauce à Londres Louis XIII et Hielielieu ap])rirent «jue Weston. ^'rand trésorier <rAn.t:leterre, était venu trouver le diplomate pour lui dénoncer les intrigues de la H(;ine nière et dv .Monsieur, éti'oitement liés avec la reine d'Angleterre. Les ennemis de Richelieu, las d'attendre la mort de Louis XIII, qu'ils croyaient cependant si prochaine, avaient mis leur dernier espoir dans la ruine <lu ministnet ils avaient ourdi ces inti'iyues pour détruire en France Hicli*lieu et renverser en Angleterre Weston lui-même. Ainsi un des hommes de leur cabale, le comte de Holland, devait être envoya comme ambassadeur extraordinaire à Paris pour devenir le lien entre toutes ces fcnmies. Malgré l'opposition des Ucines, Weston envoya comme ambassadeur à Paris son propre fils, et les avis du fils vinrent confirmer ceux du père. Louis XIII et Richelieu surent que, deux mois auparavant, la reine Henriette avait annoncé à la cour d'Angleterre la nouvelle de la mort du car- <linal. Weston lui ayant fait observer que les lettres de France n'en parlaient pas et « que cet accident causerait un préjudice considérable aux affaires du Roi Très Chrétien : « Pourquoi ditesvous cela, avait répliqué vivement la Reine? N'est-il pas mortel comme un autre? Et pensez-vous qu'il soit seul capable de faire

Parlement, destiné à satisfaire le sentiment du Roi et dont il sera fait asage par la suite dans le chapitre consacré à la politique intérieure de Richelieu. 2 vol. manuscrits in-4°, conservés dans les archives de M. G. Hanotaux.

(1) Levassor, Histoire de Louis XIII, t. IV, I. xxsni, p. 221.

(2) Voltaire, Essai sur les Mœurs, t. III, p. 20.

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