SOU BISE D\NS LE MÉDOC
l>cllos maisons dos Bordolais. Lo voici, il vopuo daiuj r<î»*tuain*. 1^0 11 juin 1025, des bas nianiis pleins «1«? jonrs et rouitért rl#» canaux. ])rtit<' Hollande tM])if' sui- la rivo droit** cuire Mayo H Uoyan, les j»aysans «listing ihmiI au loin sur le MiMivf la lou^uo li^ne Idanchc de ses soixante-quatorze voiles, au loin, très loin, -car Soubisc a pour objectif la rivo ^'-auclie. Il «lébarquc un jm»u en amoîit do Pauillar: il s'eni])are de Castillon-<le-.Mé<|or. s'étiblit ^Mi force à huit lieues de liordeauv. La ^M'ande cité niarcliande s'alïblc : les bour^reois tremblent, la populace attend Hévreu>M*juent riieure d'envahir et de ])iller les maisons des « relifrionnaires paisibles ».
Ileui-eusement, l'éner^'-ie <ie M. de (iourpues, premier président au Parlement <le Bordeaux, on impose aux pillards. Ses courriers avertissent le duc d'Épernon pivs de Montauban et M. de Toiras, jrouverneur du fort Louis, jirès de La Uo<lielle. Le 22 juin, M. de Toiras arrive à Blc^ye, travei-sc la Gironde, lar^'o d'une lieue, en vue des navii*es liufruenots et contraint Soubisc de «luitter la place. Soubise, laissant ((uel(|ues troupes dans Ca.slillon-do-Médoc, se retii*c sur ses vaisseaux, fsagnc la mer et va mouiller dans le port de Saint-Martin-de-Ré.
L'injure est grave, mais le Boi n'a pas de vais.scaux ««quipés pour courir sus au rebelle. Richelieu, par « une foHe dépêche », 4irrache aux Hollandais le secours de vingt vaisseaux qu'ils lui doivent. Il revendicpie, en outre, le droit d'embarquer des équipages fran(;ais sur les navires que le roi d'Angleterre lui a ju'ojïiis. On peut le croire prêt.
Mal sûr, au fond, de ses propres forces, sous main il négocie avec les protestants. Au lieu de combattre des Français sur les •côtes de l'Aunis, ne vaudrait-il pas mieux employer les vai.sseaux disponibles contre les Espagnols, sur la côte de Gênes, secourir Lesdiguières, qui commanderait l'armée d'Italie? Lesdiguières, de son côté, a dépêché M. de Bellujon à Rohan, à Soubise, aux villes du Languedoc, à La Rochelle, pour leur conseiller la paix. Bellujon est persuasif, ses interlocuteurs s humanisent et le Roi leur permet d'envoyer des députés à la Cour. Nous avons déjà indiqué ce qui devait sortir de cet étonnant imbroglio.
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Curieux tableau que celui de ces hauts pei-sonna^res», liiti d'un autre siècle et nu peu fatifru«'s de leurs long-ues ambitious maintenant satisfaites. Mabord ce Lesdif^-^uières, qui a payé d'une conversion aisé<' b' titre de connétal)le et <pii prend, non sans quelque ironie, l'allure d'un bon serviteur des Kois, — (pioique toujours un peu sus|)ert. Avec sa grande taiUe, sou grand âge, ses grands services, ce jx'tit uentillioinnie «''tait <Ievenu une manient «le souvei'ain <lu ihiupiiint' : on l'ajipeUe le Uoi-l)aui»hiu ( 1 ;.
Tu aiitre ami de Henri iV, qui a serré plus d'une fois l-ouis \III eid'ant sur sa barbe grise, un autre • huguenot d Ktat », Jac<pies-\omj)ar d(; Caumont, seigneur de La Forc<î en Périgord, conseille j)lus nettement encore aux protestants de faire la j)aix. Laissé j)our mort à la Saint-liarthéléiny, défenseur victorieux «le Montauban «-outre Louis XIII lui-même, le voilà devenu lui aussi, aj)rès une longue carrièi*e de confesseur de la Religion, bon « serviteur <hi Roi ); avec le duc de Chaulnes, son ancien adversair«' do Montauban, il commande l'armée d«* Picardie. Il est maré«^hal <b> France : Louis XIII lui a «lonné le bAton que lui avait pi-omis Henri IV, Cet liomnte «le gueri*e, «lontla ligure resscuil)le à celle du b<Mi Roi (yeux énergi<pj(*s et spirituels, lines moustaches et barbe en ])ointe, long visage sabré de rides , condamne <lésonnais toute rébellion. La Force «lit hautement qu il aimerait mieux <« euduivr le fagot », « que de consentir à une vie si éloignée de celle de chrétien » ; il conseille « un bon accoinino- <bMnent ", «pii n'enipôchera pas ses coi*eligionnaires de « re- «piérir ■' (hivantage « en une autre saison ».
Richelieu se sent appuyé, en somme, par tous les gens de raison; malgré l'audace et le crime de Soubise, qui mériteraient un '< cliAtiment exenq)laii*e et non aucun pardon », il conseille au Roi une ferme indulgence : « Sa Majesté peut se contenter de l'ecevoir, pour le moment, des satisfactions qui soient sufhsantes au public. » Klle pourvoii*a aisément plus tard ' à tous ces désordi*es ».
(1) Sur les sentiments «le Kicheliim a I egari de Lesdiiiuiéres et sur la politique de celui-ci. qui poussait à la guerre contre l'Espagne : < Un connéiablr' sans guerre n'est qu'un nombre -, voir ynximcs d'Élat du Cardinal de Richelieu, n° LXVlll, et Mé moircx du Duc de Rofian, é«iit. de 1646, in-i' p. 120.
niCUELIEl'. — T.Ui. «
KO LA HOCHELLK A LA THAVEIlSE.
Rohaii et Soubisc paraisHCiit <'ux-iiiAin<'« viMiîr à ivBipiucenri», Us j)arleiit de se Hounicttrc et de driiiolir les fortilicatioiiH i'Icvj'wk dans les lies d'Olcroii ot de \\r. Le piviiiier doniando à Ativ envojV' par terre, avec six iiiilL' lioiiimes et <iii<| «cnts <lipvaij\, auprès du counétahlc de Lesdi^'uièren. Il M-rait payé de» cent cinquante mille écus dont l'avait ^'ratilir, — sur le papier «eulenient, — le trait*'; de Morit|Mdlier Hi'I'Ii rf il set-oiidcrnif lo connétable devant Gènes. Le «b'sir dr Soubise serait dr rejoindre son frère parle <létroit de Gibraltar avec les vaiHHc>aux volé» an Koi, avec ses proj)res vaisseaux et ceux (ju'il trouverait dans U' port de La Koclielle. Tous deux continuent à cxi^ov, bien entendu, la démolition du foK Louis, <pji tient La Koclielle sous ses canons.
liicbelieu conseillait au Roi d'employer le duc de Kohau contre Gènes, en ne lui laissant d'ailleui's que deux mille hommes; il ne regardait pas à l'artrcnt pour faire rentrer dans le devoir ce redoutable soldat. Kn ce «[ui concei*nait Soubiw, Hiclielicti estimait contraire à la dignité du Roi de lui permettre de conduire sur les côtes d'Italie les vaisseaux volés, à moins que l'on n'y enjbarquîlt des ôijuipa^res royaux. Somme toute, on pouvait s'entendre et c'était le désir du cardimil.
Mais les premiers ctforts des négociateurs échouèrent sur la question du fort Louis. Impossible de consentir à la démolition : le Roi paraîtrait céder à la violence et la gratitude des habitants de La Rochelle n'irait qu'à MM. de Rohan et Soubise. Richelieu eut recours à un subterfuge : Sa Majesté autoriserait M. de Lesdiguières à promettre aux Rochelais de venir à Fontainebleau lui exposer leur désir, dès que les circonstances extérieures seraient moins pressantes et qu'ils auraient exécuté toutes les conditions du traité. ()r le cardinal songeait à deux choses : l'exécution du traité traînerait des années entières et « le grand âge du connétable, — quat^e-^ingt-t^ois ans, — donnait lieu de prévoir plutôt sa fin que celle de cette affaire ». A cette pensée, un sourire de satisfaction dut plisser le visage triangulaire de Richelieu.
Les députés de la Religion ne veulent rien accepter sans en
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avoir référé à MM. <lc La ttochelle ot au duc <Io Roliaii, qui en réfère lui-même aux Églises du haut et du bas Languedoc. La Rochelle est dans l'incertitude, La Cour se croit assurée «l'une ])aix prochaine, à tel point que le <luc de Montmoi-ency, amiral de France, ne se j)resse j)as de rejoindre son poste et <le prendi'e le commandement de la Hotte condiinée franco- hollandaise, qui l'attend sur la côte poitevine.
Souhi*»e, éternel l>outefeu. monte les esprits au sujet de la présence, à proxiuiité «le La Kochelle. tle cette tlotte de trente grands navires, que l'allieront vingt-deux navii'es olonuais; il signe une trêve avec l'amiral hollandais Haultain de Zoete : l'un et l'autre s'engagent à s'ahstenir de tout acte d'hostilité jusqu'à la conclusion tle la paix: l'un et l'autre fournissent des otages à l'advei'Siiire. (Juuut à l'amiral fran(;ais Mantin, il se mélie et ne signe pas.
Méfiance justifi«>e. Le 16 juillet ltii5, à onze heui*es du matin, Souhise, en vrai pirate, sort du port de La Hochelle avec li-entedeux navires <le toutes tailles. Le vent et la marée les pou.ssent en moins d'une demi-heure sur la tlotte de Haultain. .Soubise comnience la canonnade. Les Hollandais ivpondent ; mais un brûlot incentlie les vaisseaux du vice-amiral Ikirp: (}uatr<> navii-es de lauiiral Haultain sont pris ou coulés et 1 amiral lui-même a brûlé le reste de sa tlotte dans la rade d'.Uguillon, à rend)ouchure «le la Sèvi-e niortaise. Soubise essaye alors de détruire la tlotte de Mantin. mais celui-ci était sur ses gar«les. Il ne lais.se pas approcher le brûlot qu on lui destine. C est lui maintenant qui «lonne la chas.se aux vaisseaux «le Soubise et les canonne. La poui'suite dui*e ])lusieurs heui*es et se pi'olougerait , si le vent ne tournait soudain : il faut virer de bord, gagner quelque rade. Mantin pénéti-e dans le Pertuis «l'Antioche, trouve les vingtdeux vaisseaux olonnais et jette l'ancre dans la ra<le d'Oloune. Soubise se réfugie à Siiint-Martin-de-Ré, à Ghef-de-Baie, pointe qui limite au nord-ouest lavant-port de La RocheUe.
Les trois mille coups «le canon tirés au couis de la bataille n'ont pas empêché les uégociateuis de continuer les pourparlers.
n2 RlCilËLlEU r.AGNI. DU TKMPS.
A La ï{ocliclIo, ;i Foiitaiiioiilrnii, on niiiso. Lr «anliiial. .i .,-
mode ]».'ir uiio de ces iiii^M'iiiiios <|iii lo t'ont « ti'aiiH>r, roniiiie il (lit, «les deux ou trois mois ■. — indices rcvclatciirs tVmi tcnipcranient malsain, dont, à la longue, il devait mourir, — so repose au chjVt<îau de Courancp, prrs de Fontain<'ld<'HU, puis au iliAteau de Limouis. lU' sa «-liandiif de mala<l<'. il suit l'atlaire avec passion; il craint «pn- le Itoi ne kc laisse intluencer par les cabales (pii travaillent la Cour; il écrit A Marie de M«''dicis; il la supplie de recomniandei* à Louis XIII « un secret impénétral)l<* >• : « J'ai «léeouvert, assure-t-il, comme il y a des gens qui veulent ahondamnient la fsucrro contre* les huguenots, sans reganler si le temps y est commode ou non; il y en a une eabale d'autres «pii veulent endianpjer le fioi ù la guerre contre rKspagne et à la paix avec les<lits huguenots, sans considérer si c'est le bien du Roi ou non, et ai «le grands arguments de croin?, pour tics raisons «pie je ne puis pas écrire, mais <pic je dirai au Koi et à Votre Majesté, de bouche (1), que l'homme «pii avertit de chez raird)assadeur d'Ksjiagne. peut être soufflé par telles gens (2) ».
Le cardinal n'ignore pas combien Louis XIII est jaloux de son autorité royale. Les Rochelais, irrités de ne pas obtenir la démolition du fort, continuent ù parler de guerre. Le cardinal craint (pie le Roi ne se « dégoûte » et ne rompe. Il envoie Ilelhijon au-devant des dé'putés (pii reviennent de I^ Rochelle à Fontainebleau. Il faut, avant tout, les emj)êcher d'apporter à Louis XIII une réponse insolente. Bellujon les airétera dans Étampes ou dans Orléans; il s'empressera d'^'crire à la Cour et de gagner La Rochelle; il rassurera la Cour sur les intentions de la ville, la ville sur les intentions de la Cour.
Ce (|ue le cardinal veut surtout, c'est gagner du temps; il
(1) Ces raisons secrètes de s'opposer à la guerre, que Richelieu < ne peut pas écrire " et qu'il se réserve de dire de vive voix à Louis XIU. sont résumées dans le passage de»- Maxiines d'Élal, se rappolanl à celle «"(Kjque : « On représente que la gu-rre serait meilleure en un antre temps a cause du |>arli huguenot non e.>>teint. du mesco.':tenteinents desgran is, du peu de grands «apilaines, du manque de soldatz disciplinés, pour n'avoir pas encore tout l'ar^jent amassé qu'tm désireroit. » Max., n°nviii.
(:>) Il s'agit sans doute d'un homme qui avertissait les Reines.
MOiNTMORE.NCV VAINOUELR DE SOIBISE. 53
es]»«'n>! que les Anglais, croyant la paix des réforiru'S toute proche, ne craindront plus de voir employer contre leurs coreligionnaires les navires qu'ils sont sur le point de prêter au Ko;
Juste calcul : les bruits qu'il a senn''s se colpoHent jusqu «a Angloterre: les navires atten<lus arrivent; des é(iuipaf?cs de sol- <lats français renq)lacenf- les équi|)aj:es hritanniques; les vaisseaux anp:lais vont rejoindre la flotte française.
L<* iï sejiteuihre lG:i5. à la tête de soixante-si\ vaisseaux, le dur de Montmorency (juitte la rade d'Olonne. Pour Mvo plus sûr de llaultain, il monte le vaisseau «le l'aminil hollandais. Il ch<'rche la flotte de Souhise. Ayant appai-eillé vers onze lieurcs du soir, il la découvre à cinq heures du matin dans la Fosse de Loix, rade (pii échancre VWv de Ué à une lieue de Sîiint-Martin, à sept Au port <le La Hochelle.
La flotte de Souhise est protégée par un hanc de sahie que le» gi'ands vaisseaux <lu Hoi ne peuvent approcher sans se perdrtî. Montmorency s'avance <ependant: il fait «-ommencer la canonnade; puis il eomman<h> à Toiras de descendre dans lile avec trois mille hommes. Soidiise y court; il est hattu. il fuit, « laissant pour uag-cs, constatent dédaij?neusenient les Mémoires de Uichelieu, son chapeau et son épée. qui lui tond»cnt on fuyant >».
(^on«luiti»ar M. de Treslebois, il setlbi-çait de gagner une crique, l'ne chaloupe y était cachée, seul espoir de salut, car une partie «les navii*es pi*otestants s'était i-etii-ée à Olei-on et l'autre demeurait, ;ï marée hasse, échouée sur les sahles de la F«»sstï de Loix. La chaloupe permit à Souiiise d'ahonler dans llle d'nleron.
Le lendemain, Guiton, maire de La Rochelle, qui commandait les navires échoués, réussit à les remettre à flot. Ce <lébris do flotte essaie de rentrer «lans le port île La Rochelle. Montmorency l'en enq)éche. Neuf vaisseaux sont pris, vingt-deux s'échappent et se disj)ersent. Le plus heau de tous, la Vierge, entoure par quatre vaisseaux du Roi. .se fait sauter avec les agresseurs accrochés à ses flancs.
Souhisj'. attatjué dans lile troleron. n a d autr«- n».nin i- qudo cingler vers la Manche avec huit ou dix navires tpi'il a ralliés.