LES REFORMES S AGITENT
(le La Rochelle, il avait, sous prétexte de préparer une expédition au long couis, armé quelques vaisseaux. Au même moment, son frère, le duc de Rohan, graii<l sei^rneur et îrrand capitaine, envoyait la duchesse soulever les villes du has Languedoc.
Marguerite de Béthune-Sully, duchesse de Rohan, lille du ministre de Henri IV, que nous rencontrons en pass<int, n'était pas une pei-sounc ordinaire : frêle mais ardente, honne épouse mais peu disposée à se contenter «l'un seul amour, toujoui*s pivte à se mettre en route sur un signe de son époii\, elle eût été, observe Tallemant des Fiéaux, une femme fort raisonnable « en un pays où l'adultère eût été permis »; elle se vantait, d'ailleuis, de ne s'éti-e jamais donnée qu'à « d'honnêtes gens » et de n'en avoir << jamais eu (ju'un à la fois »; elle ajoutait « qu'elle avait quitté toutes ses amourettes et ses plaisii's, quand les atfaii*es de son mari l'avaient recjuis >». Précisément, en cette difficile conjoncture où les pi-otestants relevaient le fi-ont, elle était avec lui à Castres. La tête pleine de « desseins infinis >», elle tenait assez onlinairement un langage superbe au milieu d'une cour nombreuse et tumultueuse, que la mort de sa belle-sœur, M"^ de Rohan, avait endeuillée pour quelques jours.
La duchesse parut à Nîmes le 26 décembre 162i, en A\i.i;non le rilJ, à Nimes pour la seconde fois le G janvier lii'lô, à VHÔtel des Arènes, où elle i*eçut les consuls. Pour ne pas perdre une minute, elle voyageait de nuit. Les paysans regardaient rouler dans la canq)agne, à la lueur des fland>eau\. le train lugubre de -M'"® de Rohan : carrosse noir, traîné jwr huit chevaux noii-s que montaient des livrées noires.
Et voici que les choses s'enveniment à ne plus pouvoir être supportées, .\vant la fin de janWer 1G25. Soubise est maître de l'ile de Ré. Le 18, avec douze navires et une flottille de chaloupes, il faisait une entrée victorieuse dans le port du Rlavet (1) : six vaisseaux du Roi, dont la Vierge, armée de quatre-vingts canons, et finalement la ville elle-même sont tombés en son pouvoir.
(1) Blavet, ville située à l'embouchure de la rivière du même nom : Richelieu l'appela Port-Louis en l'honueur de Louis XtlI.
4C SITIATION DE L\ FUANCE EN ELIIOHK
\j' «lue ilf Vriidôiiu'. f,'ouveriiciir <!(' \\vo{ay:iu'. mis a la l«'*t«* (l'une armée de répression, ménafîe d'abord Souhiw». Il le laisKr calfater et équiper les vaisseaux <lont il s'est emparé; la Hott** volée navigue le Ioiil; des <-ôtes et s<' grossit de tous les vaisseaux qu'elle rencontre, n'inquiétantes rumeurs se propagent : on parle d'une allianro du i*oi Jacques avec ce Souhise, à qui une flotte anglaise amènerait un redoutable renfort. VA maintenant c'est Kolian <(ui prend les armes! A (lastres et à Monta uhan la révolte gronde.
Tel est l'état de la France en cette année où fticlielieu arrive au pouvoir. Le Conseil, éperdu, « tantôt veut qu'on fasse une j)ai\ honteuse avec l'Kspagne, tantôt ({u'on accorde aux liuiruenols plus <[u ils ne demandent ».
On saisit dans son ensend)le à présent la situation <jui a provoqué les longues réflexions de Uichelieu. Ces réflexions coïnciilaient précisément avec le (( mariage <l'.\ngleterre - et avec les premiei's l'ésultats favorables obtenus, dans b^ ,l^■;lil•«•^ i\o l.t Valtéline. par la politique énergique du cardinal.
Le Roi. en effet, s'est rendu maître de la Valtéline et (i(>ncs r*st toujours assiégée.
Par contre, aux Pays-Bas, IJréda vient de capituler, sans avoiiruiné, par sa résistance, l'armée de Spinola.
En Allemagne, le i*©! de Danemark, duc de Holstein. capitaine général du cercle de basse Saxe, intrigue auprès du roi de Suède et du marquis de Brandebourg, en vue de rétablir les princes <lépossédés par la maison d'Autriche.
Mais l'Espagne subit aux Indes défaites sur défaites avec des pertes immenses. Épuisée d'argent, elle ne peut conq)ter ni sur la Flandre, ni sur l'Italie, ni sur Gênes, son banquier ordinaire. D'autre part, le roi d'Angleterre « se tient pour offensé en ce qui s'est passé » à Madrid, au temps si proche encore où il voulait épouser l'infante, et il arme contre l'Espagne une flotte si formidable, qu'on n'en a vu de pareille en deux cents ans (1).
La France, au contraire, se sent bien défendue sur la fron-
(1) Mémoires, t. V. p. -'2.
LES EMBARK^VS l.NTERIELKS. 4::
tière de Flandre ot de l*ieardi<'. Ses cotfres sont jdeins. se> armées prêtes. Elle s'appuie sur des alliances (jnelle peut c roirr solides : l'Angleterre, ardente comme un lest toujouis au début d'un système nouveau: le duc de Savoie. « qui. ayant un cti'ur de roi et ne l'étant pas de sa naissance, n'a dautre but (jue -la guerre comme le seul moyen par lecjuel il le peut devenir auv dépens de l'Ksjjagne ou <le ses alliés . . I.a diplomatie de Venise lait tout au monde pour ruiner 1 Kspagne, sa dan,:i;ereuse voisineen Italie; de plus, tous les princes italiens, la veille attachés à l'Kspagne. tournent les yeux vei-s la France, parce que. dit le cardinal, ils suivent toujours <■ la fortune des victorieux ». Le Pape lui-même, désireux de voir les KsjmgnoLs hoi*s de l'Italie, ne cherche (jue ses propres iatéi*éts en Valteline. <Juant aux protestants d'Allema.ffne, <• ohlig-és de jouer leur reste, ils s'y préparent ».
Le Roi a-t-il eu jamais un»- plus bt-lh' .»<. .i>i..ii .1 .mi;iii<iitor sa puissance et roj: ner les ailes à ses ennemis < .'
Et voici que la rébellion, si danj^eivuse et. il faut bi«Mi le reconnaître, si suspecte du parti protestant, lo foi*ce à s'anvter et à rétléchir. Comme pour <lonuer raison à ses appréhension^, un trt's yrrand personnage et très catholique, un ami très chaud de la Heine mèi-e, le duc d'Épernon, se livi-e à une bien dangei-euse incartade. Gouverneur de Guyenne, il quitte Bordeaux pour venir camper à deux lieues de Montauban. sur Tabrupte colline de Pi(juccos. l>e ce haut poste d observation, Louis \I1I, tpiatre ans plus tôt, voyait, dans la ville, les protestants s<* rire des troupes royales qui les as.siégeaient. Le duc d'Éi>ernon. aujoui*d"hui, ne cherche pas à pi*endre Montauban: mais il provoque les réformés et attise les premières étincelles de la guerre .. en faisant le dégât », comme on disait aloi-s. La nuit, les feux allumés par les (jastadows empourpi*ent l'horizon de lueuis sinistres.
Aux pi'emières tlammes, l'incendie se propage. .Soubise, croyant Bordeaux mal gardée en l'absence du gouverneur, sort avec sa rtotte de l ile de Ré, son repaire. Il médite de pénéti'er dans la Gironde; il veut remonter la Garonne, canonner les murailles de Bordeaux, poser le pétard à ses portes, livrer aux tlammes les-