QUERELLES DE FEMMES
peu elle alla si avant, que c'est elle qui est cause que les veuves portent toutes sortes de couleurs, lioi-s «lu vert (1). »
La Reine, avertie par les mauvaises langues, commence à reiiiarquep que sa dame d'atour « ne la sert ni ne la suit quasi jamais (2) ». VAlc la rappelle à son devoir de cour par un billet aigre-doux : « J'ai et*' un peu indisposée d une tluxion qui ma donné bien de la douleur; elle est un peu diminuée et j'espère que ce ne sera rien. Vous bâterez, je m'assure, votre retour pour me venir servi!' on ce fàcbeux mal, si Dieu permet qu'il dure (3). » Assurées que la dame d'atour ne se corrig-em pas, les deux perfides princesses la demandent cbaque fois qu'elle n'est pas à son j)ostc : la Reine se plaint plus baut ; il n'est question avec ses coufidontes que de la négligence et de l'orgueil de la dame d'atour. Pai' les propos sur la nièce, on en vient au cardinal. Ses actes les plus innocents sont passés au crible : « Il ne se tient si souvent éloigné des lieux où elle est que parce qu'il s'ennuie avec cUe; les grandes complaisances qu'il rend au Roi, ne sont que pour tenir par lui-méiiu' et se pouvoir passer d'elle >»; il n'a emmené le lils à La RoL-lielle que pour le désaccoutumer de la mère « et lui faii*e trouver des plaisirs ailleurs (i) ». Avec ses deux confidentes, Marie de Médicis ne parle plus que de l'ingrat. Uu'est-ce qui se passe dans ce cœur vieilli? Voilà que peu à peu (die arrive à le baïr. Les sentiments espagnols de la Reine enbardissent l'intrigue de la Cour. Ricbelieu n'est pas défendu au Louvre : ses fidèles serviteui*s sont près de lui à La Rocbelle.
Depuis que Louis Xlll était revenu à Paiis, Marie de Médicis, « couvrant bien son jeu », s'était contentée de le supplier de ne point retourner au camp de La Rotl»clle, de peur du mauvais air et des fatigues qu'il y supportait : le cardinal était un extravagant, un ambitieux, un inq)rudent, un téméraire « qui s'était entêté d'une chose dont il ne viendrait jamais à bout: ce siège de La Hoclielle renouvellerait la mémoire de celui de Tioie, qui avait duré dix ans et il y avait de la folie à ruiner une armée puissante
(1] Tallernanl desRéaux, //(s/ori«^^6.f, t..ll,p. 27. (■>) Mémoires de Fontenay-Marenil, p. 200. (3) Bonneau-Avenant, Marie de Médicis, p. 139. (i) Mémoires de Fontenay-Mareuil, p. 201.
U8 RICHEI.IKI] PAHK LES PltKMIERS COUPS.
et aguerrie «levant une place iinpimahle (1) »>, lioutltillier, rentré à Pari» avec le Roi, lui avait ouvert len yeux ot s'i'tait «lécidé à «!icrirc au canlinal. .Mais Hiclidieu ne peut (|uilter le siège. Co serait réchec, la ruine de sa faveur, « le Koi étant ainsi fait
La Reine redouble ses instances; elle vante à son fils les liellr-, chasses des environs de Paris; «die cher* lie à ohligcr ceux (fui ont quelque crédit auprès de lui et notamment M. le Premier, — M. <le Saint-Simon, premier écuycr, que le Roi goiUe fort, — qui n'est j)oint pi'ossé «le retourner aupr«"'s du cardinal «*t «pii ne lui écrit même pas. Le vent «le la «léfaveur souffle. Or I< <<.iif piviid toujours le vent... Si Iç pied glisse au ministre?...
M. de Itlainvillo (2), premier gentilhomme de la Chandirc, vient à mourir. Marie «le Médicis pousse le Roi à donner à Saint- Simon, son favori «lu jour, la charge «lu défunt, sans consulter Richelieu. Mais Ri«hclieu a prévenu le coup et, « «lu camp devant La Rochelle », il écrit au Roi pour proposer la nomination du même Saint-Simon. Louis XIII, ravi, « ne parle plus que du cardinal et «le l'etourner à La Rochelle, «lès qu'il en sera besoin, sans s'arrêter à tout ce que dit la Reine mère (3) ». Richelieu félicite le Roi d'avoir « fait du bien » à son favori : « J'ai toujours connu, dit-il, M. le Premier si sincère, si reconnaissant en votre entlroit et si courtois envei's tout le mon«le, que je répondrais bien en mon propre et privé nom que jamais il n'en abusera (4). » Et il ose écrire à Marie de Médicis : « Jamais je n'ai été plus étonné que lorsque j'ai reçu une lettre de Pancrace, — c'est le pseudonyme dont il afJ'uble Bouthillier, — qui me fait connaître que Votre Majesté est foH mécontente de moi, au même temps que je pensais avoir plus assurément vos bonnes grâces, et, qui plus est, les mériter, par les mêmes actions qui me les ont fait perdre, à ce qu'on me mande. Il flatte, il endort d'un encens capiteux l'orgueil de la déesse
(1) Anecdotes du ministère du Cardinal de Richelieu, tirées et traduites de l'italien du Mercurio de Siri par M. de Valdory, t. I. p. 177.
(2) Jean de Varignies, sieur de Blainville, premier gentilhomme de la Chambre du Roi, mort le 26 février 1628.
(3) Mémoires de Fontenay-Mareuil, p. 202.
(4) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. Ilf, p. 59, 9 mars 1628.