‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 82 sur 172 · ET MALMENANT CEUX DE LA UELNE MÈRE · texte numérisé non relu

ET MALMENANT CEUX DE LA UELNE MÈRE

il ajoute : « Les dégoûts du Roi peuvent provenir de divei*ses causes et du même naturel soupçonneux et ombrageux de la Reine, de qui, par raison naturelle, il doit tenir, et de Tinclination naturelle de Sa Majesté. Il lui ennuie si proniptenient d'une grande ailaire, que « quelcpie fruit ([u'il en })uisse recueillir », il « ne peut enipécher qu'il n en soit dégoûté, avant ([ue d'eu être au milieu ». Voici donc la vraie question : le Roi et sa mère ont-ils confiance oui ou non? Les soupçons, les calomnies, les critiques, quel cas en font-ils? Ont-ils pris une résolution ferme de marcher avec lui au hut qu il leur a j>roposé ou ruineront-ils sans profit et sans l'aison la force de la confiance et de l'union?

Et le cardinal fait le dernier pas : sa santé, les haines qui l'entourent, celle de Monsieur, qui peut être son maitre demain, l'opposition d'une j)artie de la Cour, la grandeur des tAches qui sont en vue, tout lui commande de laiss<'r à d autres la charge du gouvernement : <( En vérité, toutes ces considérations rendront un autre, quoi(jue de moindre force, égal à moi et peut-être réussirat-il en ce que, n'étant pas prévenu de ces craintes, il dira lilirement ses pensées et agira avec plus de hardiesse. » Hardiesse! Le cardijial accentue ce mot. Il a terminé, il s'incline, il attend.

La Reine n'a rien dit. Le Père Sull'ren n'a rien dit. Les yeux sont tournés vers le Roi. Louis Xlli a écouté patiemment le long mémoire longuement pourpensé, les admonestations, les vérités, les interrogations, la mise en «lemeure linale. Il répond avec une brièveté royale : Ce que le cardinal vient de lui dire, <« il est résolu d'en faire son profit; mais il ne veut plus qu'il parle de retraite ». C'est tout. Richelieu se tait. Le vovace de Casai est <lécidé.

Le voyage du GardinaL

Dix jours plus tard, Richelieu se trouvait près de Nogent-sur- Seine, au château des Caves, qui appartenait au secrétaire d'État Bouthillier. Le Roi avait quitté Paris le 13 jan\'ier 1629, après avoir, en un lit de justice, donné à la Reine mère le gouvernement des j)rovinces en deçà de la Loire et assisté à l'enregistre-

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ment de l;i (•(>m|>il.iti(»n de lois et «ronlonnances liluîllres par 1^ garde des Sceaux Marillac et qui est connu sous le iioui de Cotl» Michau (1). Hiclielieu acconipa^'-uait le Hoi, iiiai« 8'<^tail écartlégèrement d<; sa route |m)»ii- allrr voir Madame Houtliillier.

Sur le point <le rejjrendi-c son voya^'e. Kiclielieu dictait une lettre, qui remerciait HowHiillirr, drnteuré à Paris, de la « bonne chère que lui avait faite » sa femme. Le terrible justicier parlait avec toutes les g-rAces d'un courtisan, et, bAtisseur passionu* donnait au maître de la maison des conseils pour l'embellissement de son cliAteau : « Je ne puis que je ne vous die qnr là où vous nous aviez fait ])asser cette maison jusqucs ici pour unferme, elle se peut dire très jolie et très belle maison, n'y restant rien à désirer pour la rendre au point où elle doit être, que «l'y faire faire une galerie à la main prauclie en entrant, pour répon<lre à l'aile droite qui joint au corps du log-is, à (fuoi tous ceux qui l'ont vue avec moi vous condamnent. >•

Ses loisirs aux Caves n'étaient pas perdus pour la politique. Il lisait le résumé de l'entretien fju'il avait eu avec lejirince deCondé, en ces mômes Caves. Installé dans son g-ouvernement de Herri, au retour de la campagne où il avait vaincu, mais non écrasé le duc de Rohan, Monsieur le Prince désirait recouvrer entièrement les bonnes grâces du Roi, qu'il n'avait ])as vu depuis six ans. Il avait parlé au cardinal de la situation du Daupliiué. du Languedoc ef de la Guyenne, où le « Roi n'était pas roi »? Plus d'une dénonciation agrémentaient ses discours : Richelieu avait fait noter par Charpentier, son secrétaire, celle qui conceniait le duc d'Epenion, gouverneur de Guyenne : « Dit que le vieil Cacotin, — c'est ainsi que le cardinal désignait l'ancien mignon de Henri III, — l'a souvent pressé de n'achever pas les affaires contre les huguenots, au contraire d'aller bride en main, pour voir les événements des choses; qu'il lui représentait que c'était son avantage et que, si une fois le Roi prenait La Rochelle, le cardinal lui conseillerait de faire raser toutes les places que tenaient tous les grands et encore des têtes. » Le cardinal avait noté aussi : « Vendôme, liberté quand

(1) Voir élude sur le Code Michau, I. IV du présent ouvrage, dans le chapitre Richelieu législateur.

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