LES DEFAUTS DU ROI
entre le Roi et le ministre : « fortiiier la France, lui ouvrir des portes pour enti'ei* dans les États <le ses voisins et les garantir des oppressions d'Kspag-ne » ; « se rendre ])uissant sur la mer, qui donne entrée à tous les États du monde » ; munir Metz, u s'avancer jusqu'à Strasbourg avec beaucoup de temps, grande discrétion et une douce et couverte conduite » ; « mettre Genève en état d'être un des dehors de la France » ; acheter au duc de Longueville la souveraineté de NeuchAtel ; prendre au duc de Savoie le marcjuisat de Saluées ou l'obtenir moyennant une compensation en Italie; entretcnii* trente galères dans la Méditerranée pour être considéré par les princes italiens; « penser à la Navarre et à la Franche-Comté comme nous appartenant, étant contiguës de la Franco et faciles à con({uérir toutes et quantes fois ([ue nous n aurons pas autre cliose à faire ». Cette esquis,s<' a quelque chose de glorieux, fait pour flatter le Roi et l'attacher au ministre, seul capable de s'élever si haut et de «lonner au règne le cachet de la gran<leur.
Mais j)our atteindre à ce sommet, il faut vouloir et pei-sévérer. ^klors commence l'examen des difficultés et des obstacles qui peuvent contrecarrer cette politique aux longs détoui-s. Elle demande avant tout volonté, pei-sévérance, fidélité, union. Le Roi est mis en face de lui-même. Le prêtre, le cardinal lui épargne la j)eiue d'un examen de conscience, qu'il fait pour lui, devant lui, devant les assistants, tout haut : le Roi est soupçonneux; il est jaloux : « comme si le soleil pouvait être jaloux des astres qui lui doivent leur lumière » : le Roi n'a pas d'héritier, prend en haine un successeur qui lui marche sur les talons. Quel danger pour le cardinal ! car, sous un prince jaloux « on court plus de fortune de se perdre pour trop bien faire que pour ne pas faii*e ce à quoi on est obligé ». Le Roi prête l'oreille aux propos de Cour, aux calomnies contre ses meilleui*s serviteui*s. <( Les divei-ses inq^ressious pourraient môme faire craindre que Sa Majesté se pût dégoûter aisément de ceux qui la servent le nùeux, ce qu'elle doit éviter avec soin. » Non sans amertume, Richelieu ajoute : <( Comme aussi s'étudier à faire pei'dre l'opinion, que beaucoup ont, qu'un service rendu à Sa Majesté est tellement perdu en
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sa riK^^moirfi, qu'jrllc ne s'oii Houviciit j»liis trois joui*s aj)ivs attendu (ju'il y a pou de gens (|ui veulent travailler la |du» grand» partie de leur vie, pour qu'on leur en sache gré si peu de temps. Le Hoi « ne s'applique pas volontiers aux all'aires, on ne pont rien entrej)ren<lre on sa présenoo, puisqu'il faut répondre «Irs mauvais événements, comme si ou était coupable ».
Il est d'autres défauts encore, où « Sa xMajesté s'cmpèchora, s'il lui ])lalt,de tomber» : péché, l'inexécution des lois: pérhé, l'inqmni<é dos factieux; faute dos j)lus impoliti<pics, lo man(jue de libéralité envers les grands scrviteui-s de l'État. Ici le cardinal met lirudemment ses rriticpies dans la bouche «lu feu connétable « M. de Luynes a souvent dit (pi'il avait romanjué que le Hoi, d<son inclination naturelle, se jmrtait plus volontioi-s aux sévérités qu'aux grâces. Pour moi je n'ai jamais fait «-otto remarque, mai*» le mal est que beaucoup ont cette croyance. » Kt liichelicu laiss. échapper cette maxime inattendue sur les lèvres de ce famou\ coupeur de totos : « Los rois doivent être sévères et exacts à faire punir ceux qui troublent la police et violent les lois de loui-s royaumes, mais il ne faut pas y prendre plaisir. » Ix' Roi est mis en garde contre une certaine bonté exploitée par les entourages. Le Roi enfin devra faire on sorte (pic l'on sache bien ({ue les décisions viennent de lui, qu'il connaît ses atl'aires et (ju'il suit avec résolution et affection celles qui sont sur le tapis (1).
Après un retour sur lui-même où il fait l'aveu de ses propres faiblesses, le cardinal en Went au i)oint le plus délicat : l'attitude de la Reine mère. Il connaît à fon<l Marie do Médicis et ne craint pas de lui parler avec la même franchise dont il a usé envers le Roi. « Les changements de la Reine, dit-il, viennent de son naturel, à mon avis, qui, de soi-même, est ombrageux et qui, ferme et résolu aux grandes affaires, se blesse aisément pour peu de chose, ce qu'on ne peut éviter, parce qu il est impossible de prévoir ses désirs; joint que souvent les considérations d'Etat requièrent qu'on passe par-dessus la passion des princes. » Rendant Marie de Médicis resjjonsable des imperfections de Louis XIII,
(1) Aveael, Lettres du Cardituil de Richelieu, {. III, p. 179-199. — Avis donné au Roi après lu prise de La Rochelle pour le bien de ses affaires, 1" janTier 1629.