LA PAIX D'ALAIS
tants, constate Richelieu, mais i-edoutables par leure fortifications, chacune étant capable d'arrêter une année royale ».
Le Roi et le cardinal ne se trouvaient qu'à trois lieues d'Alais, qui fut sommée aussitôt de se rendre, Rohan, posté à Anduze, à deux lieues d'Alais, au pied des Cévennes, avait essayé de secourir la ville assiégée par l'armée du Roi. Riclielieu avait fait charger les troupes de secours par trois cents cavaliei-s. « La nouvelle de la prise de Privas, disent les MémoireSy abaissa les cornes à M. de Rohan », qui, découragé par la paix de Suse, par celle d'Angleterre, par les lenteurs de iMadrid, se sentait perdu. Le 17 juin, Alais, épouvantée par bi pendaison de quelques soblats pi'otestants enlevés au duc de Rohan, avait capitulé. « Cependant, mandait Riclielieu à la Reine, tous nos maréchaux de France sont hors <le combat. Il y a quinze jours que M. de Schomberg a la lièvre et la goutte. M. de Bassompierre a la colique et M. de Marillac une mousquetade dans le bras (1). » Rohan avait fait prier le Roi de lui [lermettre de réunir à Anduze, pour y discuter de la paix, les déjuités des Églises qui étaient assemblés à Nîmes. Sur le conseil de Richelieu, Louis Xlli avait cousent! et, le 28 juin, il avait accordé la fameuse paix d'.Vlais, moins paix qu' « abolition et grâce ». Les protestants pei'daient toutes leurs places de sûreté, et devaient en déti'uire les murailles à leurs dépens; le duc de Rohan sortait du Royaume. On lui versait cent mille écus, pauvre conipensation, u qui n'était pas la moitié des ruines des bâtiments de ses maisons et du rasement de ses forets (2) ». « Autrefois, écrivait Richelieu à Coudé, on faisait des traités [avec les huguenots, maintenant le Roi leur accorde grâce. Autrefois les chefs du parti des rebelles avaient des établissements particuliers et M. de Rohan sort du Royaume et va à Venise (3). » Antithèses glorieuses dont ne manquera pas de s'inspirer un disciple de Malherbe et de Corneille, le poète tragi-comique Charles de Beys :
Mais la paix qu'il accorde en cette extrémité. Est pour eux une grâce et non pas un traité,
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, l. 111, p. 350.
(2) Mémoires du Cardinal de Richelieu, t. IX, p. 292.
i3) Ayenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. lU, p. 363.
224 mcilEUEU KKNTIŒ A l'AlUS.
Il tnaitait autrefois, maintenant il ordonne; Alors U excusait, h présent il pardonne (1).
Rohan avait Hé conduit à Venise par Toulon et Gènes, « et chacun, voyant ledit Hohan, observe Richelieu, «'îtail ohlipi* d'avouer ([u'il n'y avait plus de corps d'hérétiques en France, puisqu'il avait été décapité et (jue l'on voyait le chei'conintc porté en trioiii|)lie par les ports d'Italie ».
Le Roi, accablé par les chaleurs du Languedoc, était rentré au Louvre. Quant au cardinal, il avait voulu achever lui-ménie une (l'uvre si bien cuniniencéc. Moiitauban, dont Monsieur le Prince n'avait pu que dévaster les canipag-nes, tenait encore ; le maréchal de Bassonipierre avait re«,'u l'ordre de l'investir. L'approche du cardinal chan^-'ea les dispositions des assiégés; des délégués se portèrent justjue dans Albi : Montauban, après quelque débat, accepta la grAce du Roi, ses portes s'ouvrirent et les 20 août 1629, Richelieu fit son entrée dans cette ville, « qui était, nous dit-il fièrement, compagne de La Rochelle » et (pii, en I(i21, avait infligé au connétable de Luyncs un si lamentable échec. Il se montra dans les rues à cheval : le peuple, enthousiaste, mais ignorant, « demandait à voir M'"* la Cardinale comme la femme la plus heureuse du monde pour avoir un si digne mari (2) ».
Les ministres protestants encensèrent le cardinal, comme s il> eussent été des catholiques. Richelieu écrivit au Roi : « On peut dire maintenant avec vérité que les sources de l'hérésie et de la rébellion sont taries. Tout ploie sous le nom de Votre Majesté (3). »
Une fois ces dernières et dangereuses flanmièches de la rébellion éteintes, le cardinal avait pris le chemin de Fontainebleau et de Paris. Ses forces étaient à bout : cinq accès de sa fièvre tierce l'avaient arrêté à Pézenas, où « mille lettres » étaient venues lui exprimer la louange, — sincère ou feinte, — de la Cour. Celle de Marie de Médicis n'avait pas été la moins caressante. Mais le cardinal n'en était plus à ignorer les véritables sentiments de la Reine qui l'avait porté au pouvoir. Dès le 24 mai, dans une
(1) Les Triomphes 'le Louis le Juste.
(2) Lepré-Kalain, année I6»y.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. JII, p. 410-411.
IL Y HETROUVE L'INTHIGUE. 2iô
lettre datée du camp de Privas, il s'était enhardi à lui éeniv : « En vérité je voudrais de bon cœur avoir tous les maux qui j>euvent travailler Votre Majesté; et, pour ce qui est de sa disposition à mon endroit, je lui avoue que j'ai tant de confiance en sa l)onté et tant de connaissance, non pas de mes services, mais (le rallection sincère que j'ai toujours eue de lui en rendre, que je ne puis croire qu'il y puisse avoir aucun chang-emcnt en elle à mon préjudice. Cependant je confesse que les bruits en sont fâcheux. » Aussi oUiait-il une fois de plus de se retirer : « Je la supplie, de me faire savoir sa volonté et de croii-e que, quehpie chose qu'on lui puisse avoir dite ou qu'elle puisse avoir pensée, elle trouvera enfin que je n'ai jamais eu d'autres déairs que ceux qu'elle eût pu souhaiter... Je ne .sais qui sont les auteura de ces bruits ou des inventions qui en causent l'etl'et, s'il est véritable, mais je no les veux point eoimaltrc, pour n'en avoir lucun ressentiment ; ainsi je prie Dieu qu'il les bénisee et leur fasse la grAce de vous être aussi utiles comme je le leur serai assurément, si la perte de ma vie me peut rendre tel. »
Une protestation si humble semblait d«*voir faire merveille sur l'esprit de la Reine. Il parut au porteur [\e cardinal de La Valette) '< que la Heine n'avait point été de si l)onne humeur depuis son arrivée auju'ès d'elle ». Mais, les ennemis de Richelieu avaient aussitôt rciloublé leui's ell'orts. Il y avait dans tout cela une intrigue de cour désespérée, mais il y avait aussi un grave dis.scntiment sur les aifaires européennes. Gaston avait appris, dans sa principauté de Dombes, que le duc de Mantoue rappelait sa tille : il avait aussitôt fait dii*e à Marie de Médicis que, résolu à ne pas laisser Marie de Gonzague regagner les Etats de son père, il se disposait à l'enlever du château de Coulommiers, où elle se trouvait avec sa tante la duchesse de Longueville. Marie de Médicis, non moins opposée au mariage mantouan (pie Louis XIII, avait envoyé au chiUcau de Coulonmiiei-s })lusieurs carrosses, escortés de cent vingt chevaux, pour conduire les deux princesses au Bois de Vincennes , où elles furent installées dans l'appartement du Roi.
Louis XIII avait approuvé cette sage précaution et déclaré, par la plume de Richelieu, « qu'il supporterait la faute de son frère KicncLiEU. — T. m. I5