RICHELIEU ET LA HEINE MEHE
rapparteniciit de Marie de Médicis, fait sa révérence aux deux Reines. La Reine mère le reçoit si froidement, que tous les témoins de cette scène sont plongés dans la stupeur. D'un air glacial, elle lui deniande comment il se porte. Il répond, le front liant, les yeux étincelants, « le nez affilé et les lèvres tremblantes » : « Je me porte mieux que beaucoup de gens qui sont ici ne voudraient. » Marie de Médicis rougit, puis soudain elle se met à rire, amusée par le spectacle imprévu qui attire tous les regards : le cardinal de Bérulle Went d'entrer, vêtu d'un babit court et cbaussé de bottines de cuir blanc, le tout jurant si drôlement avec sa calotte rouge. Ricbelieu s'est approcbé et dit sourdement à la Reine : « — Je voudrais être aus.si avant dans vos lionnes grâces que celui dont vous vous moquez ».
iHssimulant cette seconde picoterie, Marie de Médicis répond tpic l'estime qu'elle fait d'un cardinal ne diminue point les sentiments avaiilageuv qu'elle a toujoui*s eus pour l'autre (1). »> Ricbelieu se tait. Il présente à la Reine les héi"os de la campagne, les marécbaux de Schondierg, de Bassompierre et de Marillac. Mai'ie de Médicis n'a de j)aroles que j)our Marillac. Ricbelieu éclate h la lin. I*ar un détour, il s'en pi*end aux deux amies de la Reine, la princesse de Gonti et la duchesse d'Elbeuf, qui se .sont bien gardées d'être là. 11 sait que la cabale des dames a mis tout en jeu pour irriter la Reine contre sa nièce. Marie de Médicis ne se laisse pas mettre en défaut sur ce sujet, qui l'atteint au vif. Elle déclare froidement à son ancien favori qu'il se rend insupportable et, comme le Roi parait, Ricbelieu demande la permission de lui parler dans la chambi-e voisine. Seul avec le Roi, il ouvre son cœur : depuis que La Rocbelle a succond)é, il est en butte à l'inimitié do toute la Coiii': il su]»j)lio Sa Majesté de permettre qu'il se retire.
Le lendemain il fait appeler M'"" de Gombalet et M. de La Moillerayo, ses parents, placés par lui dans la maison de Marie de -Médicis, et il leur enjoint de se retirer avec lui.
Louis XIII arrange encore une fois les choses malgré un tel
(1) Voir .Mathieu de Mordues et Mémoires de M. de Chizay, p. 177-179. — Voir aussi Levassor, Histoire de Louis XIII, t. III, p. 379-381.
228 DISCUSSIONS ET KUPTUKK.
éclat : lo canlinal «'•crifa uuv lottro d'oxeuM'. Il l'iTiit rt la ]»orl. lui-inôiiic on la baignant de nos laniu's. «es larmes (|iii- Main de Médicis connaissait bien.
Louis XIII « pleurant, à son tour, anièi-eniont », — car on ])leurail beaucoup, niènuî avant le romantisme, — était parvenu k faire plier l'échiné au cardinal.
Le 15 septembre, à trois heures ci demie de l'apr^rs-micli, trois carrosses (juittaicnt le g-rand perron de Fontainebleau, tournaient dans la cour du Cheval-Blanc et frag-naient le bour^,'. Ils se dirigèrent vers l'é^-^lise, où Louis XIII se trouvait déjà pour « jurer <>. avec l'ambassadeur britannique, les articles de la paix d'An/K-lc terre. Dans le premier carrosse, les deux Rcin(«, la princesse de Conti et leurs dames d'honneur; dans le deuxième, le» duchesses douairières de Monlbazon et d'IIalluin et la comtesse de Trosmes. Dans le troisième, !<■ cardinal de Kiclielieu ave<: le ^-^arde des Sceaux Marillac, rapprochement qui symbolise une paix fourrée.
Mais huit jours se sont à peine pa.ss<îs qu'éclate un nouvel orage. Richelieu a i)rié la Reine de rétablir la j)ension <rAlexar>die Sardini, vicomte de Buzanc^tais, fils de ce Scipion Sardini, baron de Chau mont-sur- Loire, partisan italien qui s'était gorgé au service do Catherine de Médicis. La princesse i-épondit qu'elle avait supprimé cette pension à la demande du cardinal luimême, mais que, « s'il était content » de M. Sardini. elle voulait qu'on lui « domiàt satisfaction », le surintendant de sa maison n'ayant pas qualité pour gouverner en maître. La condescendance ironique de la Reine ranima untî flamme mal éteinte : « Vous le pouvez faire payer de votre tête, s'écrie violemment le cardinal, aussi bien que vous avez donné de votre mouvement et sans me demander avis, une abbaye à Vautier, votre médecin. ■ Vautier! le vrai maniganceur de la brouille! La Reine bondit : « Vous vous abusez, si vous me croyez votre esclave. » Et el]« tourne le dos. Et le cardinal voit bientôt arriver un valet de chambre, qui lui apporte son congé signifié par écrit.
Ainsi traité, il n'a plus qu'à quitter la Cour. En vain le Roi averti promet de le rétablir dans sa charge de surintendant de la maison de la Reine, Marie de Médicis est inflexible. EUe