RICHELIEU INDISPENSABLE
ceux de sou lualtrc, loi'sque l'occasiou le requiert, toutes ces considérations ne ni'euipêcheront pas de marcher (1). »
Cette occasion c'étaient les nouvelles d'Italie qui l'avaient amenée. Richelieu avait gardé les fonctions de lieutenant général du Roi représentant sa personne aux armées d'Italie. Or, dès le mois de mai j) recèdent, deux armées impéi'iales et une espagnole avaient menacé les États du duc de Mantoue : la première, commandée par le comte de Mérode, s'était emparée de Coire, avait emprisonné Mesmin, auibassadeur de France aupms des Ligues grises, occupé les j)assages de Sturk ; la seconde sous le comte de Gollulto, rejoignait bientôt la première. Ihie tioi.sième armée de six mille hommes et trois mille chevaux, à la tête destjueU marchait le marquis de Los Balbazès, qui avait remplacé don Gonzalès de Cordova couime gouverneur de Milan, s'apprêtait lï investir Casai. La ville était assurément bien foiiiliée, mais l'on n'y avait laissé sous le maréchal de ïoiras (ju'une garnison de li'ois mille soldats.
Ce n'étaient pas les représentations de Saljran. gentilhomme ordinaire du Roi, dépêché à Vienne pour se ])laindre de l'invasion germanique en Valtelineet obtenir au duc de Mantoue l'investitui'e de ses États, qui pouvaient arrêter l'avance des armées allemandes. La cour de Vienne avait répondu que le premier devoir du duc de Mantoue était de mettre les duchés en séquestre et d'attendre que Sa Majesté Impériale eût pris connaissance du droit des parties.
A Suse, malgré l'iusistance du maréchal de Créqui, pressant le Savoyard d'unir ses troupes aux siennes, conformément au ti'aité, pour cliasser les envaliisseurs, les Allemands n'avaient eu ({u'à se montrer pour être maîtres du Montferrat : les villes ouvraient leurs portes et l'armée de Gollalto campait sous les murs de Mantoue.
Richelieu se décide à aller voir les choses lui-même. Le 29 décembre 1G29, il monte en carrosse vers les trois heures de l'aprèsmidi et se dirige sur Fontainebleau. Il ne faut pas imaginer le
1) Père Griffel, Histoire du Règne de Louis XIU, l. I, p. (.87-688.
232 MORT DU CARDINAL DE BEHt'LLE.
pi'ôlat g-uenier liKant son bréviaire en voiture, taodiH qu'une ceu taiiic do seigneurs le suivent à cheval. Ilichelieu vient justeuienl de recevoir de Monic la dispense écrite de la « récitation du Kaini ofiice : Je la désire avec |)assioii, avait-il confié au Père liertin deux mois plus t6f, de la(iu<'lj(î Sa Sainteté w fera, je m'assure aucune difficulté, puiscjuc déjà elle l'a accoi-dée de vive voix. J'ai aussi besoin (ju'elle trouve bon (pi'en ne publiant pas cette |?rA< • qu'elle m'accorde, je no la tienne pas caciiée à tout le mond' afin que ceux qui connaissent le plus l'accablement auquel jk suis, ne pensent pas que j'omette h satisfaire à une obli^'ation comme est celle de l'oftice, sans en avoir licence (1) »,
Le cardinal «le La Valette, le duc de Montmorency, le maréchal de Schombcrg sont assis dans le carrosse aux cAtés de Uichelieu('2j, A cet entourage de choix, il manque le cardinal de BéruUe, qui est mort depuis plus de deux mois. Les méchantes langues ont répandu le bruit que Richelieu l'avait empoisonné : « Je suis extrêmement fâché des calomnies qu'on a fait courre et k ftonie et en France, écrivait le cardinal an lendeniain de la mort de Bérulle. Je fais tout ce qu'il m'est possible pour les dissiper, faisant voir à tout le monde que la grande vertu du défunt et la façon avec laquelle nous avons toujours vécu ensemble, Ate tout lieu de croire ce que les faux bruits ont répandu avec si peu d'apparence. J'honore la mémoire du défunt et ferai toujours un cas particulier de ceux qui le touchent, et notamment de la compa^ie qui a pris naissance sous sa conduite. » Fin être réduit à ce genre d'explications, quand on est le grand ministre d'un grand Roi! Non pas que le cardinal ait à regretter la dispaiition du saint fondateur de l'Oratoire. Ils étaient dans deux camps différent^ ce qui est permis, et ils ne s'aimaient plus, ce qui est conforme aux mœurs de la politique. Richelieu, dans ses Mémoires, prend la peine d'excuser son dévot collègue, qui ne goûtait ni l'alliance anglaise ni les Jésuites : « Cette bonne âme, dit-il, ne se portait pas à ces extrémités par animosité aucune; il n'en avait contre personne, mais bien se rendait-il si ferme en ses pensées, parce
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Ricfielieu, t. 111, p. 459.
(2) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, 1. I, p. 688.