‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 96 sur 172 · RICHELIEU EN ROUTE POUR I/ITALIE · texte numérisé non relu

RICHELIEU EN ROUTE POUR I/ITALIE

qu'il croyait qu'elles étaient confonues à la volonté de Dieu. Son erreur n'était pas vice de volonté, mais d'entendement, qui croyait volontiers voir dans les secrets de la Providence divine, qu'il ne voyait pas (1). »

Au coure des négociations entamées depuis quelques mois pour réconcilier Monsieui* avec le Roi, Bérulle avait réclamé pour Gaston le g-ouvernement des provinces frontières, Champag-ne ou Bourgogne; en ral>sence de Richelieu, il avait conseillé au Roi d'accorder à Monsieur une augmentation d'apanage. On pense si le maladroit conseiller s'était heurté à une volonté arrêtée et à un sec refus : confier les entrées de la France à ce poltron rebelle ! Kt Rérulle ayant insisté auprès de Richelieu, celui-ci lui avait répondu plaisamment qu'il « se trouvait fort heureux lui-même, quand on vouhiit bien suivre les avis qu'il donnait ». Le Roi otl'rit à son iVère Amhoise, le gouvernement d'Orléans et cent mille livres de rente sur le domaine de Valois et en plus cinquante mille écus comptant, ce qui fut accepté avec empressement le 2 janvier 1630.

Le carrosse de Riclielieu a franchi la porte de la ville, l'immense ti'ain du cardinal est là qui attend l'arrivée du maître. Les gardes à clieval, l'épée à la main, ont le pot en tête et la taille serrée dans le corselet, le mouscpieton avec son bassinet plein de poudre, placé en travers de la selle, la mèche allumée entre les tétièi'es (2). Les carrosses de la suite sont attelés ainsi que le fourgon où les serviteuis du cardinal ont chargé ses liardes et son argenteiie. L'escadron des pages caracole sur le pav»'-. tandis que huit compagnies des gardes, parties trois joure auparavant (3), s'échelonnent au loin vei*s Fontainebleau. Richelieu veut y dire la messe le l*"" jan\'ier. On annonce un courrier d'Italie : c'est le sieur Bachelier, envoyé de Suse au cardinal par le maréchal de Créqui. Richelieu lit la dépèche et commande à Bachelier d'aller au Louvre : que le courrier du maréchal ejqîlique à Sa Majesté cpie l'abbé Scaglia et Mazarù» sont venus pour la seconde fois à Turin ])ro]>oser de la part du Saint-Siège une sus-

(1) Mémoires du Cardintit de Hichclicu, ^d. Petitot, I. V, p. 76.

(2) Maiimin Deloche, La Maison du Caniinal iie Richelieu, ]>. 452.

(3) Levassor, Histoire de Louis Xlll, l. III, |>. 409.

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j)ension «l'arnics. Lv cardinal df'-ride de continuer «a rouU' et, enfoncé dans son carrosse aux niantelcts fermés, il médite, tout « joyeux de la bonne nouvelle (I) ».

Richelieu descen<lit le 18 janvier à Lyon, chez son frère aîné, l'ancien Chartreux doin Aljdions»', (ju'il avait arraché au cloître en 16-20 pour le faire nommer archevêque d'Aix, puis <le Lyon (1628). L'archevô([uc de Lyon, cardinal depuis la lin de l'aimée 1629, était allé au Louvre recevoir la barrette des mains <le Louis XIII. Le cardinal ministre ne se trouva pas bien à l'archevêché. Le 27, il était installé aux jardins <r,\inay, <lans une maison sise au confluent du RhAne et de la Sartne. C'est là qu'il convoqua le duc de Montmorency, les maréchaux de La Force, de Schomberg et de Bassompierre et le manpiis d' Alinconrt, lieutenant ^'énéral. Il avait revu la veille le comte de Saint- Maurice, qui lui avait apporté un message du duc de Savoie : Charles-Emmanuel oH'r-ait à l'armée française le passage sur ses terres; le prince de Piémont avait franchi le petit Saint-Bernard en plein hiver, pour venir à Turin; il était prêt à s'ai)oucher avec le cardinal, en territoire neutre, au pont de Beauvoisin. Richelieu doit-il accepter cette entrevue? Alincourt n'y voit pas d'inconvénient ; Scbondjert: et La Force sont d'avis qu'on refuse et ([u'on marche. Bassompierre penche pour l'entrevue (2) ; il sera toujoui"s temps de refuser à Beauvoisin les propositions de M. de Piémont. Richelieu se prononce dans le sens de Schond)org ot do La Force. 11 sait par une dépèche du maréchal de Créqui, datée du 13, ((uo M. do Savoie cherche à le (( divertir do pa.sscr les monts avec l'arméo du Roi ou au moins à faire les conditions avec lui, avant qu'il soit le plus fort dans ses États » ; il sait trop qu'on ne lui accordera le passage que par des chemins impraticables, de véritables « routes d'ours ». Il a reconnu « la fayou accoutumée de Savoie à traiter, qui est de cacher le serpent sous les fleurs ». Et il se méfie d'autant plus, quêtant resté enfermé trois heure> durant avec Jules Mazarin, gentilhomme attaché à Panzirolo. nonce extraordinaire à Turin, il a reconnu en lui « le jîlus beau

(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. PeUlol. I. V, p. 355.

(2) Mémoires du Maréchal de Bassompierre, I. I, p. 73-74.

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