LE CAKIJINAL TIENT BON
chevaux jusque au nombre de vingt mille hommes et deux mille chevaux : accordé. Il désire qu'on lui permette d'attaquer Gênes': on examinera cette proposition avec le prince de Piémont. Mais le cardinal, si conciliant, est bien résolu de ne pas augmenter inutilement les ennemis du Roi en laissant le Savoyard ofl'enser la République ligurienne.
A trompeur trompeur et demi. Pendant tous les voyages du luaréclial de Créqui et ces pourparlei's infinis, Casai, songe-t-il, se remplit de vivres, (|ue le Roi paye très cher, alors que les princes de Savoie les récjuisitionnent « pour rien » sur leure sujets. Tout se ramène à la tjuestion d'argent et, sous j)rétexte de livrer passage à l'armée franvaise, ces gardiens des Alpes prétendent devenir ses « munitionnaires, ses voituriers », bref faire tomber tout l'argent « dans leui's coH'res (1) ».
Vers Pignerol.
Cependant les troupes royales avancent. L'armée du maréchal de La Force a passé le Mont-Cenis malgré le froid, « incroyable à qui ne l'a ressenti, mande à la mar([uise de I^ Force le 24 février 1G30, au lendemain du passage, le marquis de La Force, fils aîné du maréclial : j'avais ma hongi*elino foumni, un capuchon sous le chapeau doublé de pane, des gants fourrés et un manchon de loutre et une peau d'agneau, qui me fit grantl bien, et trois bas de laine; je n'eus incommodité qu'au visage, car le vent lève la neige on sorte qu'elle vous aveugle presque, et le vent est si tranchant,
iju'il vous coupe le visage Mon cheval me tomba deux fois,
mais sans mal, Dieu merci; je pouvais encore moins me tenir à pied qu'à cheval, car la montagne est si droite et si glissante, que, quand on pensait avancer un pas, on en reculait deux, ce qui vous met incontinent hors d'haleine, et, si vous vous arrêtez, vous êtes incontinent gelé (2). »
Mais voici que, de nouveau,
La Savoie et son duc sont pleins de précipices.
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. V, p. 423. ('2) Mémoires du duc de La Force, t. III, p. 315.