EN FINIR AVEC LE SAVOYARD
génie » qu'il ait jamais rencoutré, l'esprit m qui entre le plus heureusement dans les négociations et dans les affaires ». Le cardinal refuse à l'insinuant Italien, qui sera quelrpie quinze ans plus tard son successeur, la suspension d'armes qu'il demande; il déclare que la France veut « une paix jirompte et assurée et par conséquent sans suspension (1) ». Dès le surlendemain 29 janvier, il <juitte Lyon, tant il craint de « perdre le temps, qui est le plus précieux trésor non seulement de la guerre, mais de toutes les glorieuses entreprises (2) ».
Et comme il ne cesse point de songer aux mauvais offices cpie peut lui rendre la Heine mère, comme il espère toujours désarmer sa haine, il ne part pas sans lui écrire : « Madame, M. le Général d'Avignon m'ayant envoyé un morceau de la vraie croix, que je lui avais demandé il y a (piehpie tenq)s pour Votre Majesté, je n'ai pas voulu njanquer do le lui envoyer aussitôt. » L'été ])récé<lent, c'étaient des chapelets << qu il avait la hardiesse de lui envoyer » de Pézenas, n comme s'ils étaient dignes d'elle ». Inutiles présents. En vain, il supplie M'"* de Couibalet d'obtenii* que les letti'es que lui écrira la Koine, soient »< du génie » de Sa Majesté « aimant mieux, »iit-il, trois lignes en ce genre que des feuilles entières du style 40IG19221027 (Denis Uouthillier, seigneui' (le Raneé, secrétaire de Marie de Médicis), qui est bon pour d'autres, mais non pour une ancienne créature (3) ». Peine perdue. Sa politique en Italie suffit à exaspérer la dangereuse ennemie (pi'il a laissée à Paris : « J'ai bien peur, ajoute-t-il, qu'elle ne me canonisera point pour lui prédire la paix, ne voyant j)as, à mon grand regret, que les affaires s'y disposent. »
Ricludieu s'arrête à Grenolile, puis à Embrun, « la ville la plus haute de France ». Le 27 février, il se retrouve à cinq lieues de Suse, à Oulx, le vilain jietit village qui lui a fait si mauvaise impression l'année précédente à pareille époque. Dans cette bourgade perdue des Alpes, Richelieu est attentif aux bruits qui lui arrivent de la Cour. Le Roi écrit que le duc d'EIbcuf est venu hii
(1) Mémoires du Cardinal de Huhelieu, éd. Petilot, l. V, p. 38('..
(2) Ibidem, \>. 374.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Hichelieu, t. III, ji. 520.
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parler du carHinal nvor uno insolniico qu'il ne supportn-a plus .1 l'avenir (1). Fiiclieliou okI souvent mieux informé que le Roi. Ili-crità Bouthillior on langage chiflré : « Je vous dirai do plus sur le Huj<i d'Amadeau (le cardinal), — mais je supplie 515239100 (le Koi la Reine mère et Houtliillieri qu'aucun autre ne lo sache, — je 8ai"^ d'un homme de très grande ({ualité qui a ouï de ses oreilles 57 (le duc de Guise) proposer de faire uno union entre certains grands pour niottro j)ar terre 67 (le cardinal) et qu'il était néex?s saire d'en chercher les moyens. Je sais bien que ce personnage n'est pas homme à faii'e tout ce qu'il dit, mais il est hardi à proposer tels desseins et puis il s'en retire, s'il jMîut : témoin l'union des grands qui fut faite contre le maréchal d'Ancre, dont il fut auteur. Il dit que j'abats les grands et que les grands doivent avoir même dessein do moi. » Richelieu estime que la grands n'ont point tort de le haïr, il est lier dos haines qu'il sou lève. C'est alors qu'il dicte cette phrase magnifique de fermeté et de concision, la plussinqilo et la plus belle justification de toute sa vio : « Ce m'est gloire d'être en l)utte à tout lo monde pour lo service du Roi; grAcos à Uieu, ce (jui me console est que je n'ai pas un seul ennemi pour mon particulier, que je n'ai jamais offensé personne que pour les services de l'Etat, en quoi je ne flécliirai jamais, quoi qui me puisse arriver (2). »
Il no flécliit pas non plus dans ses négociations incessantes avec le Savoyard et, si parfois il semble plus accommodant, c'est pour gagner du temps. Le duc de Savoie lui fait demander par le maréchal de Créqui la restitution de la vallée de Gisery. Le cardinal ne la refuse pas, à condition que le prince rompe avec rEsj)agno dans les afTaires concernant l'État de Milan. 11 n'ignore pas que cette vaUée de Cisery est tellement ouverte du côté de la France, qu'elle esta sa merci (3). Le duc de Savoie désire que l'on juge son différend avec le duc de Mantoue : accordé. Il veut, s'il entre en campagne, que la France lui paye « les gens de guerre qu'il aura au-dessus de dix mille hommes et douze cents
(1) Mémoires du Cnrdinal de Richelieu, éd. Pelitot, •. V, p. 397.
(2) Âvenel. Lettres du Cardinal de Richelieu, t. III, p. 547.
(3) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. V, p. 419. 422.