‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 4)Chapitre 136 sur 157 · MISSION DE LA. NOUE EN HOLLANDE · texte numérisé non relu

MISSION DE LA. NOUE EN HOLLANDE

guments juridiques, la mesure de la gratitude cpie la République devait à la dynastie des Bourbons. Cette double action étaft très mollement combattue jjfe,r notre ambassadeur à la Haye, Aubery du Maurier, diplomate silencieux et prudent, mais protestant convaincu, et correspondant assidu de Duplessis-Mornay (1).

Quand La Noue arriva en Hollande, il ne trouva que de froids visages. Il avait pour mission de dissiper les méfiances; or, on se méfiait de lui. Un envoyé du prince de Bouillon, Varigny, plaidait la cause des rebelles. Entre ces sollicitations diverses, les esprits étaient partagés. Les grandes querelles religieuses qui, à ce moment même, éclataient en Hollande, subordonnaient toute politique aux passions déchaînées. Le prince Maurice encourageait sous main Aersens et conseillait de refuser l'envoi des 4-000 hommes réclamés par La Noue. Barnevelt, au contraire, se montrait favorable aux demandes de la cour de France. Les choses devaient traîner en longueur jusqu'au moment où les renforts deviendraient inutiles. En somme, la Hollande, citadelle du parti protestant, refusait toute créance aux protestations imprévues de l'évéque de Luçon (2).

En Allemagne, la mission de Schomberg auprès des princes avait un peu mieux réussi. Parti dès les premiers jours de janvier, il avait vu, en passant, le duc de Lorraine et avait obtenu de lui des promesses verbales de concours et de fidélité. Puis, il s'était acheminé vers tous ces petits centres où pullulaient des rivalités et des dissensions qu'il comptait bien mettre à profit : Saverne où se trouvait l'archiduc Léopold, Durlach où résidait le marquis de Bade, Heidelberg, séjour de l'électeur palatin; « et, dit-il lui-même , si les princes protestans, après m'avoir oûy, ne se comportent envers Votre Majesté comme ils doivent, je leur taillerai, si je ne me trompe, plus de besogne avec les électeurs et princes catholiques qu'ils n'en saurbient de longtemps coudre ; car la défiance n'est pas malaisge à faire naître entre ces deux ligues. » Partout, c'étaient des

(1) Outre l'ouvrage de M. Ouvré, il faut avoir sous les yeux la Correspondance de DupLESsis-MoRNAY, et Ics Mémoires pour servir à l'Histoire de Hollande et des autres Pi'ovinces- Unies où l'on verra les véritables causes des divisions qui sont depuis soixante ans dans cette république et qui la menacent de ruine, par Messire Louis Aubery, seigneur dc Maurier; Paris, 1687, in-12.

(2) Voir Correspondance (t. VII, p. 923-925).

Page 1