ROLE DE LUYNES
fallut qu'elles ne modifiassent les résolutions déjà prises dans l'entourag-e du roi (1).
Concini, si aveuglé qu'il soit, n"est pas dupe. Il devine qu'il se trame quelque chose. Luçon le gêne dans ses projets, se met en travers de la fortification de Quillebœuf, place forte de la Normandie, dont le maréchal venait d'obtenir le gouvernement et qu'il munissait, par précaution, comme la clef du royaume. Il le prend avec l'évêque sur son ton ordinaire : « Par Dieu, Monsieur, lui écrit-il, je me plains de vous; vous me traitez trop mal. Vous traitez la paix sans moi ; vous me faites écrire par la reine... Que tous les diables, la reine et vous, pensez-vous que je fasse? La rage me mange jusqu'aux os (2). »
Concini se précipite ainsi vers sa perte, s' aliénant tout le monde par la fureur de ses emportements. Quel contraste avec le procédé onctueux et félin de Luynes, « timide et soupçonneux (3) ». Depuis des mois, celui-ci agit sur l'esprit du roi par une pression continue et caressante. L'objet des longues conversations, au chevet du lit ou dans les embrasures de fenêtres, est toujours le même. On montre au jeune souverain son royaume dans la main de cet étranger. On lui répète qu'il n'y a phis un grand seigneur en France qui ne soit hostile au favori de la reine mère. On excite les sentiments de jalousie qu'il garda toute sa vie à l'égard de son frère Gaston, et on lui signale les préférences de Marie de Médidis pour ce cadet. On prend le roi par ses dispositions ombrageuses , le jeune homme par la vanité, l'enfant qu'il est encore , par la peur. Qu'est-ce que ces devins et ces astrologues consultés sans cesse par le Concini et par sa femme, sinon des jeteurs de maléfices et de mauvais sort? D'ailleurs, on montre, sous le manteau, des
(1) Sur l'attitude de Richelieu, cfr. le récit circonstancié qu'il fait dans ses Mémoires, et le CapiiCapologeticum dans la Correspond, (t. VJI,p. 416). Voir, en outre, toute la correspondance avec d'Ancre qui reste si obséquieuse pendant les mois de mars et d'avril. Tout au plus, une petite nuance de froideur, dans la lettre du 1"^ avril (t. I, p. 485, et t. VII, p. 380, 382,926). — Rapprocher surtout ses conlidences au nonce du pape, dans les lettres de celui-ci du 14 mars et du 25 avril. — Pour la démarche faite auprès de Luynes, elle est mentionnée dans la Relation publiée par Dupuy (p. 9).
(2) Richelieu, Mémoires (p. 152).
(3) Ibid. (p. 154). Cfr. la Relation publiée par Dupuy et les Mémoires de MontpouiLLAN, dans le t. IV des Mémoires de la Force.