‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 4)Chapitre 155 sur 157 · LA RELNE-MÉRE QUITTE PARIS · texte numérisé non relu

LA RELNE-MÉRE QUITTE PARIS

Le départ fut fixé au 3 mai. Le roi vint la visiter ce jour-là. L'entrevue fut froide et politique, non tendre, ni de mère à fils. La reine Tappela Monsieur. Le roi répondit par un compliment apprêté que Luyncslui avait fait apprendre par cœur. La reine baisa le roi à la bouche, sans l'embrasser; pourtant, à la fin, elle fondit en larmes, quand son second fils, Gaston, vint prendre congé d'elle; elle le serra par deux fois, sans pouvoir presque parler. Mais, aussitôt, elle se reprit, et elle reçut, le visage froid et immobile, les compliments de la cour et de la ville, venues pour la saluer à son départ. On devinait , dans ce silence et dans cette froideur, l'orgueil blessé, la dissimulation et le désir de vengeance qui étreignaient le cœur de l'Italienne, cliassée du pouvoir dans des circonstances si tragiques.

Au bas du perron, des carrosses attendaient la reine et sa suite. Laissons parler maintenant l'évêque de Luçon : « Elle sortit du Louvre simplement vêtue, accompagnée de tous ses domestiques qui portoient la tristesse peinte sur leur visage ; et il n'y avoit guère personne qui eût si peu de sentiment des choses humaines que la face de cette pompe quasi funèbre n'émût de compassion. Voir une grande princesse, peu de jours auparavant commandant absolument à ce grand royaume, abandonner son trône et passer, non secrètement et à la faveur des ténèbres de la nuit cachant son désastre, mais publiquement, en plein jour, à la vue de tout son peuple, par le milieu de sa ville capitale, comme en montre, pour sortir de son empire, étoit une chose si étrange qu'elle ne pouvoit être vue sans étoimement. Mais l'aversion qu'on avoit contre son gouvernement étoit si obstinée, que le peuple ne s'abstînt néanmoins pas de plusieurs paroles irrespectueuses en la voyant passer, qui lui étoient d'autant plus sensibles que c'étoient des traits qui rouvroient et ensanglantoient la blessure dont son cœur étoit entamé (1). »

(1) Mémoires (t. I, p. IGi).— Il faut lire aussi loul le jugement porlé sur le niaréclial d'Ancre et sur sa femme (p. 170) : « Heureux l'un et laulre s'ils eussent vécu en l'amour et confiance qu'ils se dévoient... etc. » — Ce morceau et le Caput apologelicum, ècni en avril 1618, publié par M. Aveivel, sont des morceaux d'histoire du plus haut prix et montrent toute la distance qui sépare, môme chez les hommes d'État les plus vigoureux, les jugements des actes, les velléités des volontés.

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