‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 4)Chapitre 25 sur 157 · L'ARTICLE DU TIERS · texte numérisé non relu

L'ARTICLE DU TIERS

« que ropiiiion contraire , à savoir qu'il est permis de tuer ou déposer les rois, s'élever et rebeller contre eux, secouer le joug de leur obéissance, pour quelque occasion que ce soit, est impie, détestable, contre vérité et contre l'établissement de l'état de la France qui ne dépend immédiatement que de Dieu (1). »

A la grande majorité, le tiers état se prononça pour l'insertion de l'article en tète des cabiers, sans même consulter les deux ordres supérieurs. La nouvelle de celte décision produisit, dans le corps du clergé, une « émotion et un abattement extraordinaires » et mit la cour dans un embarras extrême.

Dans le clergé, les avis les plus divers se firent jour. Quoique l'opinion gallicane y eût des partisans (2), ils ne se sentaient pas en majorité et laissaient les ultramontains agir à leur guise. Ceux-ci étaient étranglés entre Rome, intraitable sur la doctrine, et le sentiment français si passionnément prononcé contre elle.

On essaya d'abord des voies de la conciliation. L'archevêque d'Aix, personnage sympathique, fut envoyé vers le tiers pour lui dire, sur le ton le plus doux, « avec des paroles de soie », comme dit un contemporain, « que, s'il se trouvait d'aventure, dans les cahiers du tiers, quelques articles qui concernassent la piété, la religion et la doctrine de la foi, ce corps voulût bien les communiquer à celui du clergé, versé en ces matières (3) ». Miron, président du tiers , feignant de ne pas comprendre un langage si réservé , ré-

(1) Sur ce point, il faut comparer : le Syndicat de Richer (p. 270); (Baillet) Vie d'Edm. Richer (p. 207-221); Perkens, l'Église et l'État sous Henri IV et Marie de Médicis (11,244), et lettre d'UBVLDiNi dans Prat, op. cit. (III, p. 631). Sur les origines et la portée du débat, ce qu'il y a de plus utile, c'est le passage de la lettre de de Thou sur la conférence de Loudun, imprimé au t. X de l'édition française de \'fIistoii-e{p. 601) : II prit la défense de cet article au conseil : « Sachez, Messieurs, dit-il, que cet article n'a pas été fait en Angleterre, mais en France et à Paris même;.. Guillaume des Landes, Gaston Crié et Claude Le Prestre y étoienl présents : c'est Le Prestre qui l'a rédigé. Il fut ensuite communiqué à la Reine qui l'approuva en présence du Renard (Sillery), du président Jeannin et du Débiteur lui-même (Villcroy). » Et il aurait ajouté : « L'opposition formée parles deux premiers ordres du royaume ne mérite pas beaucoup de considération; car il est certain que ce n'est qu'à la sollicitation et par les manœuvres d'une cabale secrète que la noblesse a été d'un sentiment contraire. »

(2) Notamment Daniel de la Mothe, évêque de Monde, qui écrivit en réponse à Duperron un opuscule : Du Droit des papes sur le temporel des rois. Mss. Dupuy (vol. 525, fo 45). — V. Perrens (t. II, p. 204).

(3) Procès-verbal du clergé.

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