MÉMOIRES DE VILLEROY
cèdent reste sensible. Les paroles, sinon les actes, montrent encore une certaine fierté. Au dedans, si les princes ne cèdent pas, il est question « de les châtier » . Au dehors , les alliances espagnoles ne sont pas envisagées comme le but inéluctable; le nom même de l'Espagne n'est pas prononcé ; tout au contraire , on parle en bons termes des « alliances avec les princes voisins » , c'est-à-dire allemands, et on conseille particulièrement à la reine d'entretenir de bons rapports avec l'Angleterre (1).
A quelque temps de là, les grands, apaisés d'abord, excités bientôt par les premières concessions, reviennent à la charge. Tel est le faible de cette politique; elle les comble sans les satisfaire. Le comte de Soissons, notamment, demande la place de Quillebœuf. Nouveau mémoire de Villeroy. Son avis est toujours le même : tout faire pour sauvegarder la paix jusqu'à la majorité du roi; ménager les princes pour les diviser; refuser d'abord ce que demande Soissons, et finir par céder, si on ne peut faire autrement. ^Mais, voici que ces alliances espagnoles, ces alliances si chères au cœur de Marie de Médicis, commencent à apparaître et à être glorifiées : « Vous avez encore ajouté à toutes ces amitiés et alliances anciennes, celle du roy d'Espagne de laquelle, quand le feu roi décéda , il était peu assuré (voyez cet euphémisme ! ) et que vous avez exécutée avec tant de discrétion et de prudence qu'elle ne vous a rien coûté (2). »
Cependant cette politique de prodigalité et de déférence porte ses fruits. Les finances sont épuisées; les grands sont insatiables. En mars 1614, le prince de Coudé quitte la cour et lève des troupes. Il demande le château d'Amboise pour faire la paix. Villeroy reprend ses arguments et le ton baisse encore : « Il faut faire la paix à tout prix; quels troubles prévus et imprévus n'amènerait pas la guerre? » On touche au terme; il ne faut rien compromettre et gagner un an, six mois du moins : « Madame, votre but est de conserver l'autorité du roi et le royaume en sa réputation et en
(1) Le mémoire en question est intitulé : « Ad vis donné à la Reyne Régente, en 1611. » 11 est conservé à la Bibl. Nat., Cabinet des Mss. Cinq cents Colbert (vol. XVII, f" 28). Voir aussi Coll. Fontanieu, Louis XIII (I, pièce 63).
(2) Celui-ci est conservé en manuscrit à la Bibliothèque de l'Arsenal, Fonds Conrarf, in-f°' (t. XVIII, fo 532 et suiv.).