FAIBLESSE DE CETTE POLITIQUE
son entier. Votre régence et le titre de mère du roi vous y obligent ; de quoi Votre Majesté s'est heureusement acquittée depuis le décès du feu roi , et avait sujet d'espérer de pouvoir, en cette prospérité, achever la carrière de sa régence, si elle n'eût été traversée de ces derniers mouvements... » et plus loin : « ... Cependant Votre Majesté gagnera la fin de sa régence, pourra achever plus commodément les mariages d'Espagne et résoudre ceux d'Angleterre au temps et en la forme que vous jugerez plus à propos pour le bien du royaume et le contentement du roi qui sera alors entré en sa majorité (1). »
On sait, pourtant, quel était le véritable succès de cette politique au jour le jour. En ces quatre années, les ministres avaient vieilli de vingt ans; entre leurs mains, l'administration était frappée d'une sorte de sénilité. La cour, conduite par ces « barbons » peu respectés, était toute turbulence, indiscipline, agitation tapageuse et stérile. « Il n'y avait à la cour, dit de Thou, ni sincérité , ni prudence , ni ordre ; il semblait que l'on y combattit à l'aveugle ; au lieu d'attaquer l'ennemi, nous portions les coups les plus funestes à nos amis. Ce n'était que dissimulation et fourberie. Tout était confusion et impuissance (2). » Personne n'étant plus digne du pouvoir, personne ne se croyait indigne de l'exercer : « Dans cette cour, dit l'ambassadeur vénitien Contarini, la face des
(1) Cet autre mémoire, daté du 10 mars 1614, est également conservé au fonds Conrart, in-fo» (t. XVIIl, p. 565). — Voir aussi Bibliothèque de l'Institut, /bnrfs Godefroy, vol. 267. — Sur toute cette politique de la Régence, et en particulier de Villeroy, 11 faut consulter encore : Extrait de la réponse d'un ancien Conseiller d'État à la lettre du duc de Bouillon. Mercure François (t. IV, p. 87) : « Le soin principal doit être de conserver le royaume , la paix et l'autorité royale plutôt par prudence en dissimulant et achetant quelquefois robéissance... que par les armes qui mettent tout en confusion, coûtent beaucoup plus cher et si n'y est-on pas toujours heureux.... » — Voir aussi Fonten.vy- Mareuil (p. 32.) — De Thou, dans sa lettre sur la paix de Loudun (6 mai 1616), reproche à Villeroy d'avoir été l'instigateur des mariages espagnols. Il ajoute, d'ailleurs, qu'après avoir tout fait pour préparer l'union , Villeroy désirait la retarder. Voir Histoire Universelle, édition française, in-4° (t. X, p. 582). — Voici le jugement porté par Richelieu sur la politique suivie par Villeroy et le président Jeannin : «... Cela donne juste sujet de douter si c'est un bon moyen d'avoir la i)aix de l'acheter avec telles profusions de charges et de dépenses, puisqu'elle ôte le pouvoir de continuer, fortifie la mauvaise volonté des grands et augmente le mal par le propre remède et la précaution qu'on a voulu y apporter. « Mémoires (t. I, j>. 55).
(2) Op. Cit. (t. X, p. 591).