‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 4)Chapitre 62 sur 157 · L'AVOCAT DOLE · texte numérisé non relu

L'AVOCAT DOLE

et fut pendu en place de Grève (1). Il y avait donc, entre l'avocat et le favori, un de ces « cadavres » qui sont des liens mystérieux et terribles pour ceux qui en partagent le poids. Concini avait fait la fortune de Dolé. En 1612, il l'avait appuyé pour la charge de procureur général au Parlement de Paris. Le chancelier de Sillery s'était mis à la traverse et devait, par la suite , payer cher cette intervention. Villeroy s'était également fait un adversaire de Dolé. En 1614, il l'avait empêché de devenir contrôleur général des finances. Les « barbons » devinaient-ils, dans ces jeunes ambitieux, leurs futurs successeurs?

Dolé était pour les mesures énergiques et, dès 1615, il avait conseillé, le premier, l'arrestation de Condé. Dans toute la négociation de Loudun, il s'était montré hostile aux concessions. Il était au comble de la faveur, en mars 1616, quand il mourut subitement, au moment où il touchait aux plus hautes destinées. Son caractère et sa courte fortune sont indiqués en quelques mots par de Thou , quand il parle de ses « emportements et brutalités » , et par Arnauld d'Andilly, qui écrit dans son journal le 30 mai 1616 : « Mort de M. Dolé à quatre heures du matin. Il avoit été malade quatorze jours. Lorsqu'il tomba malade , la reine se confiait en lui des affaires d'État plus qu'en nul autre... Il était au plus haut point

(1) Magnat fut exécuté le 31 mai 1613. — Cfr. le récit très complet de Bassohi'IERRe I, p. 346-355), avec celui des Mémoires delà Régence, éd. de 1756 (t. I, p. 140) et le Mercure François. En somme, l'affaire de Magnat reste obscure et je n'ai pas connaissance qu'elle ait jamais été étudiée d'après les documents diplomatiques ou judiciaires. — Les relations secrètes de Concini avec l'étranger n'en ressortent pas moins de témoignages constants. Le 23 décembre 1614, Conta ulm écrit en chiffres à son gouvernement: « J'ai su que le duc de Savoie a, par de grands présents, gagné à sa cause la maréchale d'Ancre dont le pouvoir sur la reine est absolu , et il espère en tirer un grand profit. » (Vol. 1767, f" 2i3.) — Vers la même époque le duc de Monteieone, ambassadeur d'Espagne, écrit au duc de Lerme : « Je supplie Votre Excellence de croire que je n'ai rien négligé pour attirer dans nos intérêts la maréchale d'Ancre que je crois bien mieux disposée que par le passé... Pour en revenir à la maréchale d'Ancre, je pense que nous n'avons qu'à continuer les bons rapports dans lesquels nous nous trouvons avec elle, et l'argent que l'on doit m'envoyer arrivera à merveille pour la maintenir dans cette ligne. » Archives de Simancas. Citation empruntée à Cai'eficle, Bichelieii, Mazarin et la Fronde, éd. de 1844, in-12 (t. I, p. 174). — Comme on le voit Lépnora prenait des deux mains. Mais il est juste de reconnaître, qu'à celle époque, ces sortes de pensions et de cadeaux liraient peu à conséquence. C'est le cas de rappeler le propos anecdolique relatif à Talleyrand : « Il reçoit du roi de Prusse pour qu'on lui donne la Saxe; il reçoit du roi de Saxe pour éviter que ce royaume soit réuni à la Prusse, et il garde son opinion. »

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de sa faveur et de ses espérances. 11 se jugea mort le second jour de sa maladie et fit son bonjour. Il a laissé huit enfants (1). »

Claude Mangot était aussi un avocat, mais d'un autre caractère , plus doux, plus souple et plus honnête. Le président Gramond dit de lui : « vir probus et, qiiod in aulâ rarum, incorruptus. » Il appartenait à une excellente famille de robe. Son père était de Loudun et, par cette origine, avait peut-être quelque accointance avec les Plessis- Richelieu. Ce père était un avocat illustre et dont Loysel parle avec éloge dans son Dialofjtie. Il avait eu un frère aine, Jacques Mangot, qui était mort jeune et dont la perte fut pleurée dans les termes les plus touchants par Télite de son temps, les Pasquier, les Loysel , les Du Vair, les d'Espeisses : « Il n'avait que trente-six ans lorsqu'il décéda et n'eût eu son pareil soit en probité et intégrité, soit en science et en connaissance de toutes bonnes lettres, s'il eût vécu... En un corps qui semblait assez frêle, il y avait des muscles et des nerfs bien forts et un très bon sang. » Son frère Claude avait de ce même sang dans les veines. Pourtant, il avait aussi rendu des services au maréchal d'Ancre. Commissaire dans ce même procès de Magnat, il avait dirigé la procédure de façon que le marquis et Dolé sortissent indemnes. Le favori l'envoya en mission en Savoie , puis le fit nommer premier président au Parlement de Bordeaux; il devait en faire, bientôt, un secrétaire d'État, un garde des sceaux. Sa capacité ne parait pas avoir été suffisante pour ces grands emplois. Après la chute du maréchal d'Ancre , il devait rentrer au conseil d'État et, dans une situation plus modeste, rendre, toute sa vie, de sérieux services à l'homme qui avait été un instant son collègue dans le ministère, le cardinal de Richelieu (2).

(1) Sur Dolé, comparer : Levassor, Histoire de Louis XIII {t. 1, p. 139, 190, 2"27, 415, 429, 515). — FoNTi2NAY-MAREUiL(t. 1, p. 108). — De Tnou (t. X, p. 598). — Aknauld d'Andilly (p. 152). — Zellek, op. cil. (p. 29j, cite ce passage du secrétaire florentin Axdrea CiOLi, qui prouve que Dolé avait une grande influence dès le début de la régence : « On tient, écrit-il le 19 juin 1610, que Villeroy est extrêmement mécontent, parce que la reine, dit-on, chaque fois qu'elle sort du conseil, a une consultation sur les décisions qui y ont été prises, avec trois conseillers secrets, à savoir avec Concino, avec Duret, qui est un de ses médecins, et avec Dolé, son procureur et avocat général... »

(2) Sur Mangot, Voir Loisel, Dialogue des avocats, éd. Dupin (p. 96). — Du Vair, Traité de l'éloquence française. — Pasquiv:r, Recherches (liv. IV, ch. 27, p. 409). — Grammond, Historiarum Galliae ab excessu Henrici IV, libri XVIII {éd. 1653, p. 133).

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