CLAUDE BULLION
Bullion, autre parlementaire d'origine, était une tout autre espèce d'homme. Bas de jambes, demi-bossu, rabougri, bon vivant, Bourguignon, aimant la table et le bon vin, homme de plaisanterie gauloise et de franche lippée , insinuant, adroit, tout à tous, avec beaucoup de flair, de savoir-faire et de présence d'esprit, c'était, en somme, un drôle assez plaisant, un de ces hommes qui, par les coulisses, finissent par se glisser sur la scène. On le plaisantait ferme. Tallemant nous dit qu'un poète l'avait comparé à un baril bien plein et qu'on l'appelait familièrement « le petit cochon ». Il parait qu'avec celte sorte de figure, il avait de grands succès auprès des femmes. Il se servait de ce moyen, comme des autres, pour pousser sa fortune. Il était parent de Sillery. Enveloppé dans sa disgrâce, il sut se retourner; c'est vers cette époque qu'il fit la connaissance de l'évêque de Luçon et qu'il se mit à lui rendre des services obscurs que l'autre n'oublia pas. Il resta, toute la vie, un des plus dévoués serviteurs du ministre, souvent son conseiller, souvent aussi son souffre-douleurs, car le grand homme avait la plaisanterie un peu rude. Placé , plus tard , à l'administration des finances, il prouva que, dans cette tête bizarre, il y avait de l'acquis, de la fidélité, une réelle aptitude aux affaires. Il soutint le fardeau des difficultés financières, suite de la politique de Bichelieu , avec une capacité pratique qui fit de lui un auxiliaire utile et, au second rang, un bon serviteur de l'État (1).
De ces divers personnages, le plus intéressant, à coup sur, était Claude Barbin. De tous, il était le plus mince au début, le plus considérable à la fin. Sorti d'on ne sait où, il était, sous Henri IV, procureur du roi à Melun, Quand Léonora venait à Fon-
DuPLEix, Histoire de Louis XHI, in-f" (p. 90). — Levassor, Histoire de Louis Xlll, (t. I, p. 190 et 581). — L'arlicle dn Dictionnaire de Moueri. — Ne pas oublier une noie très dure sur Mangot recueillie par M. Armand Baschet dans les papiers de Richelieu et publiés en l'appendice au Mémoire d'A. J. Du Plessis, etc. : « Mangot exerça quelques mois la charge de M. de Villeroy où il parut ridicule. Les sceaux lui réussirent mieux et sa charge fut remplie par l'évêque de Luçon , où celui-ci fit paraître dès son orient quel devoit être le reste, do sa journée. » (P. 45.)
(1) Sur Bullion, et sur son rôle dans les affaires do Loudun , voir de Thou, loc. cit. (X, p. 588, 597); — l'Historiette de Tallemant des Réaux et la Correspondance de KicuELiEU, à \ Index.