PAIX DE LOUDUN
destinée à couvrir uniquement ses réclamations d'ordre plus positif. On parla beaucoup autour de cette question avant de trouver un terrain d'entente. Enfin le prince, poussé, dit-on, par le Père Joseph, adhéra à un compromis qui donnait satisfaction au nonce du pape (1).
Nous avons dit comment une autre question non moins débattue , celle des places de Picardie , fut arrangée par l'habile désintéressement des Concini. Le prince de Condé était malade, dégoûté; son armée se débandait; ses partisans menaçaient de faire leur paix, l'un après l'autre. Bouillon, satisfait de ce qu'il avait obtenu , n'avait cure de la foule des réclamants qu'il avait engagés dans la querelle et qui frappaient à sa porte en désespérés. Condé signa, le 3 mai : « Que ceux qui m'aiment fassent comme moi! » s'écria-t-il. Tous ceux qui l'avaient suivi n'avaient pas les mêmes raisons de conclure. Quoiqu'on eût distribué, en dons et gratifications, plus de six millions de livres, le nombre et l'exagération des dc:mandes étaient tels qu'il fallut renoncer à satisfaire tout le monde (2).
Sur les conseils de Villeroy, la reine avait, une fois encore, cédé à toutes les exigences personnelles du prince de Condé. Il obtint la ville et le château de Chinon; en échange de son gouvernement de Guyenne, celui de Berry, bien plus proche de Paris, avec la Grosse Tour de Bourges , qui passait pour une forteresse imprenable, plusieurs places à sa convenance et quinze cent mille livres d'argent comptant. Mais surtout, — grand succès moral pour lui, — un article secret disposait qu'il aurait effectivement la direction du conseil royal et le droit de signer. Pour décider la reine , hésitante , à faire ce sacrifice qui touchait à l'autorité royale et à l'honneur de la régence , Villeroy lui avait dit : « Que vous importe de laisser la plume en main à un homme dont vous tenez le bras (3) ! » Elle avait cédé. Mais cette concession et celle qui avait été imposée
(1) Cet incident, qui avait passé jusqu'ici inaperçu, a été mis en lumière par M. Fagniez dans un article paru dans la Revue historique et reproduit dans son livre : Le P. Joseph et Richelieu. Peut-être , le rôle de Richelieu dans cette intrigue de confessionnal at-il été un peu exagéré. Cfr. Mémoires de Richelieu (t. I, p. 107).
(2) « Ils se plaignoient tous que M. le prince avoit pris tout l'avantage pour lui. » Mémoires de Richelieu (p. 110).
(3) DETnoc(t. X, p. 598).