‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 1 sur 367 · SUR LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES · texte numérisé non relu

SUR LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES

Depuis six mois, les regards du cardinal, qui se portaient tour à tour sur tous les théâtres de guerre, s'étaient arrêtés plus d'une fois sur la frontière des Pyrénées. Qu'avait tenté durant cette campagne, le vaincu de Fontarabie? Le 27 avril 1639, Richelieu, dans une de ses lettres, passant en revue les autres commandants d'armées, avait essayé de stimuler son amour-propre, il lui avait écrit : « Monsieur le Grand Maître de l'artillerie entrera dans quatre jours dans le pays ennemi. L'armée de M. de Feuquières est en état de voir ce que les ennemis feront pour se conduire ainsi que l'occasion le requerra. Nous garderons M. de Châtillon pour l'arrière-saison. M. le Comte d'Harcourt est parti pour l'armée navale du Levant. J'envoie le marquis de Brézé pour commander les galères cette année. M. de Weimar est plus satisfait de la France que jamais, et plus ardent à bien faire. Les Hollandais seront en campagne le dixième du mois de mai. Bannier fait des merveilles en Allemagne. Voilà au vrai ce que je sais des affaires. Reste à vous à agir maintenant selon que vous l'estimerez plus à propos. En ce cas, vous aurez MM. d'Halluin, d'Arpajon, Argencourt qui m'a promis de faire des merveilles, Lecques et Espenan, si vous voulez, pour agir

2 CONDÉ ET SGHOMBERG

sous vous, MM. de Gramont et d'Alluye suffisant, avec quatre mille hommes et quatre à cinq cents chevaux, pour garder la frontière de leur côté. Tout est remis à votre jugement et je vous^ assure que je ferai ce que je dois pour faire valoir votre zèle, votre affection, et vos services. Surtout je vous conjure, autant que je le puis, de gagner du temps et de croire qu'en matière d'entreprises la diligence et le secret sont l'âme des bons succès (1). »

Douze jours plus tard, le cardinal ne cache pas son impatience à Monsieur le Prince : « Ce gentilhomme que bien connaissez, écrit-il le 9 mai, vous témoignera l'étonnement auquel il m'a vu de ce que M. d'Halluin (le maréchal de Schomberg) m'a mandé n'avoir eu ordre de se tenir prêt pour entrer dans le pays ennemi qu'au premier juin. Je vous assure qu'un tel ordre est si contraire aux intentions du Roi et à l'avantage de son service, que je ne sais comme on a pu prendre cette résolution. S'il vous eût plu croire vos amis, vous eussiez été bien plus tôt en état de rappeler les malheurs passés, et correspondre à l'attente qu'on doit avoir de vous cette année, telles longueurs donnent tant de temps aux ennemis de se préparer, que, si on les avertissoit de ce que l'on veut faire, ils n'auroient pas plus de commodité de se disposer à rendre nos entreprises vaines (2). »

Schomberg n'a pas craint d'excuser ses propres lenteurs en accusant celles de Monsieur le Prince. Fort prodigue, il ne peut souffrir ce Condé si avare qui jette un regard de convoitise sur son riche gouvernement de Languedoc. Il est, d'ailleurs, fort capable de « griveler sur les gens de guerre », pour subvenir à ses énormes besoins d'argent. Richelieu le sait et, à la suite d'une revue • passée par Monsieur le Prince, il adresse au griveleur Schomberg ces lignes cinglantes : « Votre régiment de Languedoc, qui devroit avoir, à mon avis, deux mille hommes complets, n'en a que douze cents et encore en partie de milice. Votre compagnie de gendarmes n'a que cinquante mestres au lieu de cent vingt payés. Ces deux articles font croire au vulgaire, ou que vous avez moins de crédit que vous n'avez prétendu dans votre gouvernement, ou

(1) Avcnel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, pages 801-802.

(2) Ibidem, pages 345-346.

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