IMPATIENCE DU ROI
que ceux qui prétendent que vous savez où va cet argent sont bien renseignés (1). »
Les plaintes continuelles de Richelieu n'en ont pas moins porté. Le 19 juin, le cardinal mande à l'un de ses agents : « Le Roi a été si étonné de savoir que ses armes qui eussent été prêtes, si on eût voulu entrer dans le pays des ennemis à la mi-mai n'y soient pas entrées, ni au premier juin, ni au troisième, ni au sixième, qui sont les trois termes qu'on avoit pris, qu'il m'a commandé d'avoir un soin particulier de savoir qui sont ceux qui avancent ou retardent ses entreprises. Puisqu'on porte toutes les forces de Sa Majesté de ces quartiers-là dans le Roussillon, il faut, à- mon avis, avoir deux fins devant les yeux : l'une de prendre avec des brigades de l'armée, la redoute de Saint-Ange, Salces et Opoul, s'il se peut, comme on l'a proposé; l'autre de combattre, avec le principal corps de l'armée, les forces des ennemis, qui sont faibles en ces quartiers-là, auparavant qu'elles se puissent rassembler. Je m'assure que Monsieur le Prince fera quelque chose digne de lui et que M. d'Halluin (Schomberg) y fera ce qui sera de son pouvoir (2). » L'impatience du cardinal fut vite apaisée. Le 24 juin 1639, il avait la satisfaction d'écrire à l'archevêque de Bordeaux : « Monsieur le Prince est dans le Roussillon avec les forces du Roi que vous savez. Son entrée a été fort heureuse, ayant en trois jours emporté Opoul, qui est la meilleure place du Roussillon après Perpignan, le fort de Saint-Ange, qui fermoit le passage entre la mer et l'étang Claira et Rivesaltes, qui tient le passage de la rivière d'Égly et (il) est maintenant attaché au siège de Salces (3). »
La flotte du Ponant.
C'est d'Abbeville, où il se tenait à bonne portée des tranchées d'Hesdin, — que le cardinal donnait ces détails à M. de Sourdis. L'armée du Ponant, que l'archevêque de Bordeaux commandait en ce début de l'été 1639, comptait quarante vaisseaux de guerre,
(1) Voir Charles Vassal-Reig, La guerre en Roussillon sous Louis XIII, pages 96-97.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, pages 396-397.
(3) Eugène Sue, Correspondance de Sourdis, tome II, page 111.