‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 101 sur 367 · LES SUGGESTIONS DE M. LE GRAND · texte numérisé non relu

LES SUGGESTIONS DE M. LE GRAND

Dieu de la victoire gagnée par le comte de Guébriant sur le baron de Lamboy, général de l'Empereur, « une des plus grandes, disait la Gazette que nous ayons remportées en Allemagne, il y a longtemps (1) ».

En l'apprenant à Paris, le duc de Bouillon, qui se promenait avec Monsieur, dans la galerie du Luxembourg, ne cachait point son découragement : « Considérez, s'il vous plaît, Monsieur, disaitil à Gaston, qu'après ce nouvel échec donné à la maison d'Autriche, on ne doit rien espérer des Espagnols, Le comte de Guébriant est si avantageusement posté, que leurs affaires seront entièrement ruinées dans les Pays-Bas, si les Hollandais veulent seconder tant soit peu les efforts du Roi (2). » Cinq-Mars ne cessait de représenter à Louis XIII que le cardinal, pour se rendre nécessaire, prolongeait la guerre qui ensanglantait l'Europe au désespoir des alHés comme des ennemis du Royaume. Certes Sa Majesté n'en verrait jamais le terme. Le favori osa presser le Roi de faire assassiner son ministre, dès que celui-ci viendrait rendre ses devoirs à son maître. Le Roi se coatenta de répondre qu'il serait excommunié, parce que le ministre était prêtre et cardinal.

Le 23 février 1642, tandis que Louis XIII et Richelieu approchaient de Valence, le maréchal de Brézé, salué dans la cathédrale de Barcelone par les applaudissements des Catalans, jurait de conserver les privilèges de la Catalogne. Lorsque, deux mois plus tard, le Roi campa devant Perpignan, le maréchal de La Mothe- Houdancourt venait de s'emparer de la ville de CoUioure, succès qui lui valut le bâton de maréchal, comme la victoire de Kempen venait de le valoir à Guébriant. La Mothe-Houdancourt eut de plus le duché de Cardone et la vice-royauté de Catalogne, à laquelle le maréchal de Brézé, contraint par la fatigue et la maladie, avait renoncé : « Le maréchal de Brézé est ici en un état pitoyable, mandait le cardinal au Roi : il est pris depuis les pieds jusqu'à la tête. Il est certain qu'il a un corps incapable d'emploi (3). » Ici, c'est-à-dire à Narbonne, où Richelieu se trouvait bien plus souffrant que lui.

(1) Voir Vicomte de Noailles, Le Maréchal de Guébriant, page 253.

(2) Levassor, Histoire du Règne de Louis XIII, tome VI, pages 453-544.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome YI, page 916.

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