MORT DE MARIE DE MÉDICIS
même jour, à Richelieu que le marquis de Mortemart venait de « dire au Roi le coup qu'on avait manqué à Lyon ». Le Roi ordonnait que l'on avertît son ministre qui, feignant de n'avoir jamais rien soupçonné, s'empressa de le remercier en homme qui n'oublie pas le « consentement de M. du Chesne » : « J'avoue, observait Son Éminence, qu'il étoit aisé à M. le Grand d'exécuter son dessein, duquel je ne me fusse jamais douté, ne croyant pas qu'il eût été assez méchant pour se souiller du sang d'un cardinal qui, depuis vingt-cinq ans, a, par la bénédiction de Dieu, assez bien servi son maître (1). »
Le Roi et son ministre firent en ce temps-là une perte qui leur laissa peu de regrets. Marie de Médicis mourut à Cologne, le 3 juillet 1642. La nouvelle de son décès ne fut connue que quinze jours après l'événement. Le 17, Richelieu l'ignorait encore, mais il savait que la princesse était à l'extrémité. Il mandait à Louis XIII : « Puisqu'il plaît au Roi avoir mon avis sur le sujet de la Reine sa mère, ma pensée est qu'il doit y envoyer un gentilhomme sage et avisé qui aille en diligence avec une lettre semblable à la teneur qui s'en suit : Madame^ aussitôt que fai appris votre indisposition je n'ai pas voulu manquer à vous dépêcher ce gentilhomme pour vous témoigner le déplaisir extrême que j'en ai et le contentement que ce me seroit d'apprendre^ par son retour^ que vous en soyez délivrée et que votre santé soit entièrement rétablie. Je supplie Dieu de tout mon cœur qu'il lui plaise vous la rendre et vous la continuer autant de temps que vous pouvez le désirer vous-même. Vous le croirez^ s'il vous plaît, Madame et que je suis, etc. (2) « Lettre des plus froides, qui ne l'est pas moins que l'article qui parut dans la Gazette du 19 juillet et que le prévoyant cardinal avait peut-être adressé à Chavigny aussitôt qu'il avait su la Reine mère indisposée : « Elle étoit, disait le rédacteur de la Gazette, veuve de Henri le Grand et mère des rois et reines qui possèdent les principales couronnes de l'Europe. Le regret de sa mort a été accru en cette Cour par celui de l'absence qu'elle s'étoit causée, suivant le conseil de quelques esprits brouil-
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu tome VII, page 20.
(2) Ibidem, pages 36-37.