LE PERROQUET DU CARDINAL
Ions, auxquels la facilité du sien avait laissé trop de créance (1). » L'article avait à peine paru que Richelieu écrivait à Chavigny et à Noyers : « Je supplie Dieu de tout mon cœur qu'il ait donné un repos éternel à l'âme de la Reine. J'ai de la joie d'avoir vu, par des lettres, quelle ait eu grande repentance de ses fautes et qu'elle ait pardonné de grand cœur à ceux qu'elle tenoit ses ennemis (2). » Et quelques semaines plus tard, le cardinal annonçait à Chavigny que les « domestiques » de la défunte avaient de fort « bons sentiments » et il ajoutait avec un sourire et peut-être une pointe d'émotion : « Le sieur Riolan (3) m'écrit qu'ils me gardent le perroquet de la Reine qu'autrefois j'avois eu l'honneur de lui donner. Je supplie le Roi trouver bon que je sois héritier de cet animal (4). » Richelieu ne dictait pas seulement les lettres que le Roi devait écrire à l'occasion de la maladie et de la mort de la Reine mère, mais encore les discours que devait tenir Monsieur, confronté avec ses complices : « Par exemple, expliquait le cardinal, quand on amènera M. le Grand au lieu où sera la personne de Monsieur, Monsieur lui doit dire : Monsieur le Grand, bien que nous soyons de différente qualité, nous nous troufions en même peine, mais il faut que nous ayons tous recours au même remède; j'ai confessé notre faute et supplie le Roi de me la pardonner, c'est à vous d'en faire-autant. Ou M. le Grand prendra le même chemin et demeurera d'accord de ce qu'aura dit Monsieur, ou il voudra faire l'innocent auquel cas Monsieur lui dira : Vous m'avez parlé en tel lieu, vous m'avez dit cela; vous vîntes de Saint-Germain me trouver en mon écurie avec M. de Bouillon, tel et moi, tels et tels; là nous formâmes l'union qui étoit entre nous pour faire la guerre au Roi conjointement avec le roi d'Espagne, où il fut résolu que Fontrailles iroit, ce qui fut fait depuis. Ensuite Monsieur dira tout le reste de l'histoire. Il fera de même, lorsqu'on lui amènera M. de Bouillon (5). » Celui-ci, en effet, après avoir hésité à se laisser glisser du haut des remparts de Casai, pour s'enfuir à Sedan, s'était caché dans le grenier d'une maison de la ville,
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 36, note.
(2) Ibidem, pages 43-'i'(.
(3) Médecin de Marie de Médicis.
(4) Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 91.
(5) Ibidem, pages 25-26.