‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 108 sur 367 · GASTON STYLÉ PAR RICHELIEU · texte numérisé non relu

GASTON STYLÉ PAR RICHELIEU

OÙ il n'avait pas tardé à être découvert (1). Mais Gaston ne voulut jamais accepter la honte d'une confrontation : « Il n'y a, disait Chavigny, point d'extrémité qu'il ne souffre plutôt que de voir MM. le Grand et de Bouillon en face... Il offre de ratifier sa confession en présence de M. le Chancelier et de toutes autres personnes qu'on voudroit choisir, d'y ajouter tout ce qu'il pourroit avoir omis et dont on le fera souvenir (2). » Le chancelier finit par trouver un expédient des plus simples dans ce que Richelieu appelait « son abîme judiciaire » : la confrontation fut remplacée par une déclaration que le cardinal feignait de n'estimer nullement déshonorante pour le déclarant. Il la justifiait au moyen d'une argumentation bien subtile : « Monsieur, remarquait Son Éminence, demande pardon et s'accuse lui-même en accusant autrui. Sa propre accusation fait que celle qu'il fait conjointement de ses complices ne peut être suspecte. Si on dit qu'il obtient son pardon et non celui de ses complices, lesquels par conséquent il lui est bien aisé d'accuser comme bon lui semble, cette instance ne peut diminuer la force de son accusation contre ses complices, puisqu'il obtient son pardon à des conditions ruineuses pour lui telles que sont celles auxquelles il se soumet pour demeurer en France, ce qui montre bien que le crime qu'il déclare est d'autant plus véritable qu'il se soumet volontairement pour peine d'icelui, à souffrir une mort civile plus cruelle que la naturelle à ses complices (3). »

Ce n'était point l'avis de Cinq-Mars, qui paraissait tellement résolu à s'évader de la citadelle de Montpellier, que Richelieu tremblait

(1) Le 18 juillet, il avait adressé à Éléonore de Berg, duchesse de Bouillon, ce billet où il protestait de son innocence : « Chère femme, ce n'est que pour vous assurer de la continuation de ma bonne santé et pour vous apprendre que je pars d'ici pour aller à Pignerol, d'où, plus promptement et plus facilement, si on me le permet, vous pourrez avoir de mes nouvelles. J'espère que le bon Dieu me tirera de ce malheur. J'ai demandé permission d'envoyer à la Cour et d'écrire à Son Éminence et à mon frère (le vicomte de Turenne). De votre côté vous n'oublierez rien des choses qui me peuvent secourir et qui nous peuvent remettre ensemble et m'éclaircir de ce qui a pu obliger le Roi à m'arrêter, puisque j'ai été assez malheureux de lui avoir déplu. Sur ce, je vous conjure de ne vous point laisser aller au déplaisir et de prendre soin de vous et de nos enfants. De Casai, ce 18 juillet. Je pars à cet instant. » (Archives de M. G. Haumont). Le duc de Longueville remplaça le duc de Bouillon à la tête de l'armée d'Italie.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 65, note.

(3) Ibidem, pages 78-79.

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