‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 11 sur 367 · LES ESPAGNOLS REPRENNENT SALGES · texte numérisé non relu

LES ESPAGNOLS REPRENNENT SALGES

soixante-quatre ans sans reproche au service de trois rois de France (1). » Nobles paroles qui n'empêchèrent pas Saint-Aunnez d'aller sous les murs de Salces, s'attacher à la personne de Spinola et prêter, quelques mois plus tard, serment de fidélité à Philippe IV. Cependant le cardinal ne renonçait pas à sauver la forteresse de Salces. Avec quelle chaleur il presse Gondé le l^r décembre 1639 : « Ayant vu la lettre que M. d'Espenan vous a envoyée, par laquelle il mande qu'il peut encore tenir plus d'un mois, j'ai cru qu'il n'y a rien qu'il ne faille faire pour le secourir. J'écris à M. de Coislin pour prendre part à la fête. J'écris à M. le Maréchal de Schomberg comme il faut sur ce sujet, je vous conjure de rassembler tout ce que vous pourrez de troupes et quand il n'y auroit que six, sept ou huit mille hommes et deux mille chevaux, les ennemis étant affaiblis et abattus comme ils sont, c'est plus qu'il ne faut pour tenter un secours contre une armée presque ruinée. Il sera de votre prudence de voir si vous y devez aller ou si, ayant ramassé les troupes qui se pourront vous devez laisser faire M. de Schomberg avec les autres chefs de l'armée, vous contentant d'être à Narbonne pour faire fournir tout ce dont on aura besoin. Cette occasion est pour la France, pour votre réputation et pour la satisfaction de vos amis, elle peut réparer tous vos malheurs passés et vous remettre au plus haut degré de gloire que vous puissiez désirer (2). »

Monsieur le Prince n'y fut point remis, car le 6 janvier 1640, M. d'Espenan, qui avait dû capituler, sortait de la place à la tête de ses troupes. Quelque huit jours plus tard, à Saint-Germain, Louis XIII griffonnait ce billet, qu'il fit porter à Rueil,oùse trouvait Richelieu : « Je n'ai point été surpris de la nouvelle de Salces, car je m'attendois à ce qui est arrivé. Cette nouvelle ne laissa pas pourtant de me donner du chagrin tout hier soir (3). »

(1) Voir Charles Vassal-Reig, La guerre en Roussillon sous Louis XIII, page 148.

(2) Avenel. Lettres du Cardinal de Ricliclieu, tome VI, pages 630-631.

(3) Archives des Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII à Richelieu.

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