‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 112 sur 367 · PRISE DE PERPIGNAN · texte numérisé non relu

PRISE DE PERPIGNAN

Cinq-Mars et de Thou ne pouvaient manquer d'être condamnés et ]e duc de Bouillon contraint de remettre entre les mains du Roi sa principauté de Sedan, pour ne point subir leur sort : « Les aiïaires du Roi vont fort bien, écrivait le ministre à Chavigny et à Noyers. Le procès sera vidé, comme je crois, dans cette semaine, et, si Taffaire de Sedan réussit, je supplie le Roi considérer quel chemin il y a depuis La Rochelle jusqu'à Pignerol, Nancy, Brisach, Arras, Perpignan et Sedan sans compter ce qui est au dedans de ces limites. En vérité, bien que tout cela soit dû à la bénédiction de Dieu et à la vertu du Roi, le zèle et la vigilance de sa créature n'y ayant pas été inutiles, il me semble qu'il a fallu être démon comme M. le Grand pour vouloir persécuter et perdre un homme qui a si bonne intention pour la France et pour le service de son maître (1). »

La prise de Perpignan devait être suivie bientôt de celle de Salces, Richelieu écrivit alors à Noyers : « Cette place étant telle qu'elle est et pouvant aider beaucoup à contenir le pays dans l'obéissance du Roi, j'estime que Sa Majesté ne doit pas penser à la raser. Je suis bien aise que vous ayez envoyé fortifier Lerida et Ardres (2). » Précaution fort utile, car le 7 octobre, les Espagnols allaient essayer d'enlever Lerida, que secourut le maréchal de La Mothe-Houdancourt. Quelques semaines auparavant, en Boulonnais, don Canthelme avait échoué devant Ardres.

La prise de Perpignan permit aussi au comte de Grancey de reconduire ses troupes vers la Lorraine. Elles y arrivèrent sans lui, car, ayant battu le comte de Scey, gouverneur de Franche-Comté, il fut blessé à la jambe et transporté à Langres.

Ce fut le 12 septembre, dans la matinée, que Richelieu quitta Lyon. Il s'arrêta à Lentilly, à deux lieues de la ville et il y attendit la nouvelle de la condamnation. Vers deux heures de l'après-midi, un certain Picaut, exempt du Roi, lui remit une lettre du chancelier : d'Effiat et de Thou étaient « déclarés atteints et convaincus du crime de lèse-majesté, à savoir ledit d'Efïîat pour les conspirations et entreprises, proditions, ligues et traités, faits par lui avec les étrangers contre l'État, et ledit de Thou pour avoir eu connaissance

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 119.

(2) Journal de Monsieur le Cardinal Duc de Richelieu, pages 254-255.

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