‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 113 sur 367 · CINQ-MARS ET DE THOU SUR L'ÉCHAFAUD · texte numérisé non relu

CINQ-MARS ET DE THOU SUR L'ÉCHAFAUD

et participation desdites entreprises, proditions, ligues et traités (1) » : « M. de Thou! » s'écria le cardinal et il ajouta : « M. le Chancelier m'a délivré d'un grand fardeau. Mais, Picaut, ils n'ont pas de bourreau. L'exe «mpt répondit que l'on trouverait aisément quelqu'un pour faire l'office du bourreau de Lyon, qui s'était cassé la jambe. Puis Son Éminence, après avoir averti Louis XIII, écrivit à Chavigny : « Ces trois mots vous apprendront que Perpignan est es mains du Roi et que M. le Grand et M. de Thou sont en l'autre monde, où- je prie Dieu qu'ils soient heureux (2). » De Roanne, le 18, il donnait au même Chavigny ces détails sur l'exécution, qui avait eu lieu place des Terreaux : « M. le Grand a porté sa hauteur jusque sur l'échafaud... En y montant, un archer du prévôt lui ôta son chapeau, parce que les condamnés n'y apparaissent jamais couverts. Il le reprit brusquement, le mit sur sa tête, et fit deux ou trois tours sur l'échafaud, les deux mains sur les côtés, regardant tout le monde, couvert; par après, il salua le peuple et jeta son chapeau. Ensuite il s'essaya sur le billot, y mettant le col, pour voir s'il seroit bien. Il se releva par après et se promena encore sur l'échafaud, tenant la croix sans se déganter. Il ne voulut pas être bandé. En venant à la place avec M. de Thou et leurs confesseurs, M. de Thou demanda à son confesseur si on lui donneroit le temps de prier Dieu sur l'échafaud et M. le Grand lui répondit : N''avezvous pas prié Dieu? On dit qu'il avait dit souvent qu'il témoigneroit plus de résolution en mourant que M. de Montmorency et M, de Saint-Preuil : mais, à mon jugement, les autres sont morts plus chrétiennement. Ce n'est pas que je ne croie qu'il ne soit mort en bon état, son confesseur qui est ici venu de sa part, pour me dire beaucoup de choses, témoignant en être satisfait. Son confesseur a eu charge de lui, de me demander pardon et je me suis chargé de le demander au Roi de sa part (3). »

(1) Journal de Monsieur le Cardinal Duc de Richelieu, pages 254-255.

(2) Avencl, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 123.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 134. La duchesse de Bouilon sortit de Sedan le 29 septembre et les troupes du Roi y firent leur entrée. Ordre fut

aussitôt donné à Pierre-Scize, pour que le duc de Bouillon fût remis en liberté. Le 10 mars 1651, Mazarin ne devait pas lui rendre sa ville de Sedan, mais lui accorder, en compensation, le comté d'Évreux, les duchés de Château-Thierry et d'Albret. Voir Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, pages 541 et suivantes.

LA PEUR DU DUC DE BOUILLON ET LA JOIE DE MONSIEUF{ Lia

Qu'advenait-il du duc de Bouillon au début du mois de septembre 1642? Mazarin, chargé de lui proposer sa grâce en échange de sa principauté, était assuré de réussir et Richelieu avait conté à Chavigny dès le 16 septembre : « M. de Bouillon a eu si grande peur de l'exécution de ces Messieurs, que, s'il avoit trois Sedan, il les donneroit pour sauver sa vie (1). »

Quant à Gaston, il avait, un mois plus tôt, accepté les conditions spécifiées dans cet écrit qu'il avait signé : « Nous Gaston, fils de France, après avoir donné une ample déclaration au Roi, du crime auquel le sieur de Cinq-Mars, grand écuyer de France, nous a fait tomber par ses pressantes sollicitations, recourant à la clémence de Sa Majesté, nous déclarons que nous nous trouverons extrêmement obligé et bien traité, s'il plaît à Sa Majesté nous laisser vivre comme simple particulier en son Royaume, sans gouvernement, sans compagnie de gendarmes ni de chevau-légers, ni sans jamais prétendre pareilles charges ou administrations, telles qu'elles puissent être et à quelles occasions qu'elles puissent arriver (2). » Le Père Griffet observe que le cardinal en dictant toutes ces clauses, prenait ses précautions pour le cas, où, le Roi venant à mourir, "Monsieur prétendrait quelque part à la Régence. Monsieur, lui, ne voyait pas si loin; il était tout à la joie. Le 15 août il tint à annoncer à la duchesse de Savoie la nouvelle de son prochain départ : « Sa Majesté a eu agréable de me permettre de rentrer en France et de me remettre purement en la jouissance de tous ses bienfaits et de mon apanage. C'est une obligation que j'ai tout entière au bon naturel de Sa Majesté et aux favorables offices que M. le Cardinal m'y a voulu rendre (3). » M. le Cardinal, qui venait de le déshonorer une fois de plus, le « suppliait de se confirmer en la résolution de continuer à agir avec sincérité envers le Roi » et il concluait ainsi : « C'est la conduite la plus avantageuse à votre personne (4). »

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 128.

(2) Louis XIII devait supprimer ces clauses quelques mois après la mort de Richelieu, et trois semaines avant la sienne.

(3) Archives de Turin.

(4) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 312.

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