UN TEMPS CRITIQUE
quelque marque de soi. Je vois plusieurs religions contraires et, par conséquent, toutes fausses, excepté une... »
Les choses étant telles pour l'esprit humain, Pascal, homme de haute science et de cœur troublé, entouré de ces âmes anxieuses qui l'accompagnaient dans la vie dévouée de Port-Royal, s'applique à trouver la lumière : il la cherche dans la nature de l'homme, dans le passé de l'humanité, dans ce qui cause la brillante civilisation qui l'entoure, dans l'approfondissement de ses propres sentiments, de ses propres méditations, et il s'arrête finalement devant la Révélation qui fut faite à l'humanité par le plus ancien livre et par la plus haute des apparitions qu'ait connues la terre. Eh bien! ce que Pascal a fait, son siècle entier l'a fait comme lui. Après de longs troubles et de terribles luttes, il s'est senti chrétien. Qui serait assez négligent de son être propre et de sa destinée pour se détourner, sans examen, des voies qui furent choisies par cet âge, l'une des plus grandes époques de l'humanité ?
Le temps où Richelieu arriva aux affaires était l'un des plus critiques dans l'histoire de l'esprit humain. Un désordre profond, - à l'intérieur et à l'extérieur du Royaume, avait marqué la fin du moyen âge. L'unité chrétienne, qui était restée pendant des siècles sous la direction du Souverain Pontife siégeant à Rome, avait été ébranlée jusque dans ses fondements.
Deux causes bien déterminées avaient produit ce délabrement : d'une part, la décadence des mœurs, en particulier des mœurs ecclésiastiques, par l'affaiblissement de la foi médiévale; d'autre part, le réveil, dans les esprits, des traditions de l'antiquité, mises au jour par les leçons de l'humanisme et les découvertes de la science, ruinant les méthodes de raisonnement et les principes admis par la tradition intellectuelle des âges antérieurs. Les générations nouvelles étaient toutes préparées à la naissance de doctrines et de méthodes répondant à l'évolution qui s'accomplissait dans les esprits et dans les âmes.
Le protestantisme de Luther et de Calvin s'était targué de répondre à l'appel des grands chrétiens réclamant une réforme et il avait détaché de Rome des parties riches et nombreuses de