‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 124 sur 367 · ESPRITS ET FORCES SOCIALES DIVISÉS · texte numérisé non relu

ESPRITS ET FORCES SOCIALES DIVISÉS

l'Europe; mais il n'avait pu gagner à sa cause d'autres parties non moins puissantes et non moins populeuses. Résultat : divisions, guerres religieuses, anarchie.

D'autre part, le principe même de la foi chrétienne ayant été affaibli par le scepticisme des humanistes et par les découvertes de la science, — surtout dans les choses de la nature, — une recherche ardente s'était mise en quête de solutions relevant uniquement du témoignage des sens et de l'intelligence raisonnante. En Italie, une école libertine, acceptant la leçon des fameux incrédules de Padoue, Giordani Bruno, Vanini, avait propagé le doute et elle avait osé frapper aux portes mêmes du Vatican (1).

En France, la Ligue et la Contre-Ligue avaient divisé à la fois les esprits et les forces sociales, et le débat, en s'appliquant surtout à la politique, avait opposé, dans les faits comme dans les idées, au « droit du magistrat sur les peuples », « le droit des peuples sur le magistrat ». Le système dynastique lui-même avait été mis en discussion et l'avènement de Henri IV, accompli du fait de la victoire et par l'opportunité d'une heureuse conversion, avait paru à beaucoup une combinaison plutôt qu'une solution. Au point de vue religieux, la question n'avait pas été davantage éclaircie. Le concile de Trente avait bien édicté les principes d'une contreréforme catholique; mais il n'avait pas été accepté par toute l'Église, et en France, notamment, ses décisions n'avaient rencontré qu'une adhésion partielle, où ne manquaient pas les réticences.

Au même moment, la vieille thèse des « Libertés de l'Église gallicane » avait pris une force nouvelle et elle barrait fermement la route à l'infaillibilité dogmatique de Rome (2). Là aussi, division, heurts journaliers, le tout aggravé du fait que l'Espagne se déclarait" à la fois l'ennemie acharnée de la France et la protectrice du Saint-Siège, en tenant la Papauté sous sa coupe par sa situation prépondérante dans la péninsule italienne.

(1) Voir l'ouvrage capital do J. Roger Charbonnel : La Pensée italienne au .XVI'^ siècle et le Courant libertin. Champion, 1919, in-8.

(2) Voir les Trois Gallicanismes : royal, parlementaire, épiscopal dans V Introduction, par G. Hanotaux, aux Instructions données par les Rois de France à leurs ambassadeurs auprès du Saint-Siège, tome I. Alcan, 1888, in-8.

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