CABALE JANSÉNISTE
(lit à l'oreille ces mystères de sacristie et de couvent. 11 avait en main des preuves formelles de l'entente entre l'Espagne et tous les partis de l'opposition en France et il n'ignorait pas les tentatives de cette même puissance pour renouveler les grandes discordes religieuses dans le Royaume, jusqu'à intriguer même avec la protestante Angleterre contre la France (1).
Le cardinal se trouvait donc en présence de l'adhésion apportée par Saint-Cyran à la cause de Gaston de France et de la Reine mère, réfugiée en Flandre; il savait que le même Saint-Cyràn avait des entretiens avec son plus grand adversaire, familier de Marie de Médicis, le redoutable polémiste et grand insulteur Mathieu de Morgues; il savait que la puissante famille des Arnauld avait aussi un plan politique qui était, en cas de mort du Roi, de chasser le cardinal, de se rallier à Anne d'Autriche et à la « cabale espagnole » et d'obtenir, pour l'un des siens, la situation de précepteur du jeune Dauphin, le futur Louis XIV (2).
Et toute cette campagne se développait dans un demi-secret, facile d'ailleurs à éventer, aux couvents, aux églises, à la Cour, à l'armée, tandis qu'on était en guerre larvée ou déclarée avec l'Espagne, que les troupes espagnoles, sur la frontière des Flandres, allaient envahir ou venaient d'envahir le territoire français, « qu'entre le siège de Corbie et le siège de Hesdin », la France allait se
(1) Ce point si important est apparu par la publication des lettres de Rubens, le peintre diplomate qui fut chargé en particulier de négocier avec les protestants de France et d'Angleterre : il reçut à Madrid l'ordre de se rendre en Angleterre et de se mettre en relations avec le protestant révolté Soubise.qui était alors à Londres (mai 1629). « Le Roi, dit M. Gachard, dans son livre Rubens diplomate, avait fait remettre à Rubens, à son départ de Madrid, des lettres de change destinées à venir en aide à Soubise; quelques jours. après, ses ministres avaient signé avec Rubens un traité par lequel il s'engageait à payer à celui-ci, chaque année, trois cent mille ducats pour qu'il entretînt six mille hommes de pied et six cents chevaux qui agiraient en Provence, en Languedoc, en Dauphiné et ailleurs; il lui assurait de plus une pension de quarante mille ducats et une de huit mille à son frère (Rohan). (Le traité est dans Dumont, Corps diplomatiqut, tome V, partie H, page 582.) Rubens avait l'ordre de ne se dessaisir des fonds mis à sa disposition que si le gouvernement anglais donnait à Soubise les moyens de se procurer des hommes et des vaisseaux. » Voir Gachard, Rubens diplomate, pages 137- 139; voir aussi Correspondance de Rubens, tome V, pages 86-87, et Gabriel Hanotaux, Richelieu et Rubens dans les Chemins de l'Histoire, tome I, pages 264 et suivantes.
(2) Voir Vatin, La Vérité sur les Arnauld; et Catalogue de la Bibliothèque de Gabriel Hanotaux, n° 206 : Étude sur le livre de Pascal et de Nicole, V Éducation d'un prince, 1670. Il s'agit du jeune Louis XIV.