‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 151 sur 367 · AURELIUS · texte numérisé non relu

AURELIUS

Sacrement et de la Maison du Saint-Sacrement fut évoquée au chevet du Roi par Michel de Marillac, garde des Sceaux. S'étant entendu avec la Reine mère, celui-ci se prononçait décidément contre la politique antiespagnole et, disait-on, « anti-catholique » du cardinal. Saint-Gyran venait justement de prendre à partie, avec la plus grande violence, l'ordre des Jésuites en se jetant dans la querelle de l'Université de Paris et de l'épiscopat français à propos des affaires d'Angleterre. Or Richelieu, nous l'avons dit, avait adopté, au sujet de cette difficulté, une attitude réfléchie d'équilibre entre les partis. C'était donc une véritable tempête qui se trouvait déchaînée contre ses vues et ses actes par les livres de Saint-Cyran : La Somme des Écrits du Père Garasse et, bientôt, le fameux ouvrage à^Aurelius qui, publié en 1633, déterminait le caractère du premier jansénisme, à savoir la discorde déclarée entre les théologiens français : jansénistes contre Jésuites, bras étroits contre bras ouverts, avec les conséquences infinies que l'on pouvait prévoir en France, à Rome, en Europe.

Richelieu ne fit pas connaître, tout de suite, son sentiment. On dit même qu'il avait promis une récompense à qui lui révélerait le nom de l'anonyme Aurelius ; pour une raison ou pour une autre, il voulait être exactement renseigné.

La crise politique qui le séparait de Marie de Médicis et des Marillac était alors sa grande affaire, et elle se compliquait bientôt, comme on le sait, de la révolte de Gaston de France, envenimée elle-même par le fait du mariage de ce prince avec Marguerite de Lorraine en janvier 1632. Ici encore, nouveau sujet de rupture : Richelieu entend faire annuler le mariage qui réintroduit les « Lorrains », toujours dangereux et toujours attafchés à l'Empire, dans la famille royale et au cœur des affaires françaises. On consulte les théologiens de marque; on s'adresse à Saint-Cyran. Celui-ci, qui alors se dévoile, dit qu'il considère le mariage comme valable et refuse de se prononcer pour l'annulation.

Justement, le cardinal de Sourdis venait, en qualité de métropolitain, de proposer Saint-Cyran pour l'évêché de Rayonne. Richelieu ne refusait pas son assentiment; mais Saint-Cyran fit savoir qu'il

MARS GALLIGUS 183

n'accepterait pas, Le ministre élève alors la voix : <' Je m'en étais douté (1)! »

Les positions étaient prises de part et d'autre. Elles aboutirent à la crise fatale, lorsque la politique du cardinal se prononça pour les alliances protestantes et pour la guerre contre l'Espagne. II y eut alors une levée de boucliers de tous les théologiens qui, en Europe et même en France, étaient dans le sillage de la politique « espagnole ». On sait quel avait été le rententissement de VAdmonitio et du livre de Sanctarellus'; et, maintenant, voilà que paraît l'ouvrage le plus violent qui ait été écrit à l'encontre de la politique du cardinal, le fameux Mars Gallicus, publié en Flandre, sur la demande du président Rooses et de l'archevêque de Malines. Or il a pour auteur Jansénius!

Tout le passé de la France, l'honneur même du Royaume et de la Royauté française étaient ignominieusement traités, insultés tout au long de ce massif pamphlet. Aucune des races royales, les mérovingiens, les carlovingiens, les capétiens, n'échappaient à cette injure intarissable et bourbeuse. Tous et chacun, parmi les rois de France, autant de coupables, de criminels, d'usurpateurs, d'hérétiques, — alliés des musulmans, des protestants, — = ennemis de la chrétienté dans tous les siècles. Louis XIII, leur digne successeur, est l'auteur « de tous les désordres, de tous les crimes qui ont désolé l'Allemagne »; et encore, « à l'heure actuelle », il attaque la cause catholique et la catholique Espagne en choisissant pour alliés les Hollandais révoltés, les Suédois de Gustave- Adolphe et les protestants d'Allemagne!

Richelieu avait mille moyens d'être renseigné sur les concours et les amitiés que Jansénius rencontrait et rameutait en France, en particulier, le très cher ami du pamphlétaire, Saint-Gyran. Il savait que ces dangereux rêveurs étaient liés par une conjuration secrète que, dans leurs lettres (non ignorées de la censure), ils appelaient Pilmot et qui visait l'ordre religieux et l'ordre social en leurs bases mêmes. Au besoin, le Capucin Père Joseph lui eût

(1) Voir, sur ces divers points, l'exposé des faits tel que le présente, au point de vue janséniste, le Journal du chanoine Hcrmant, public par Gazier, tome I, pages 33, 67 et suiv.

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