PROPAGANDE CONTRE LA FRANCE
trouver dans un des plus grands périls qu'ait connus son histoire et que les plus riches provinces du Royaume, Poitou, Bourgogne, Normandie, refusant les impôts, étaient soulevées contre la Couronne!
La personne royale, elle-même, était atteinte par cette audacieuse propagande française contre la France : un certain Père Séguenot, qui parait avoir été en relation avec le Père Gaussin, confesseur de Louis XIII, venait d'écrire un livre. De la sainte Virginité, où l'on attaquait, en particulier, cette doctrine de Vattrition suffisante que Richelieu défendait fermement dans ses écrits épiscopaux (1). On avait fait passer l'ouvrage sous les yeux de Louis XIII et on avait évoqué, devant son âme de chrétien, les tourments de l'enfer. Richelieu relevait un à un les fils de cette trame enchevêtrée. L'accord de tout ce monde était ourdi contre lui, non sans quelque hypocrisie et tartufferie. Le confesseur Gaussin avait été renvoyé dans son couvent. L'heure était venue de se débarrasser des autres. Le Père Séguenot et l'abbé de Saint-Gyran, les polémistes des deux camps, furent arrêtés, dos à dos, le même jour, 14 mai
Saint-Cyran à Vincennes.
On peut se rendre compte, maintenant, des circonstances dans lesquelles Richelieu écrivit son livre : La Perfection du chrétien, et l'on voit pourquoi l'homme d'Etat, au plus tragique de sa destinée, — l'année de Corbie, — consacrait les heures trop rares de sa vie angoissée à ce livre où il scrutait le fond même du grand débat de conscience, nœud de sa politique et de la partie jouée par la France en Europe et dans le monde. Dans sa conscience comme
(1) Sur l'importance que prend, aux yeux de Richelieu, cette question de Vattrition, voir le récit donné par Godefroy Hermant, tome I, page 82, d'un entretien de Richelieu avec le prince de Condé. Le cardinal aurait dit au prince, au sujet de Saint-Cyran : « Savez-vous de quel homme vous me parliez; il est plus dangereux que six armées. Vous voyez mon catéchisme qui est sur la table, il a été imprimé vingt-deux fois. J'y dis que l'attrition suffît avec la confession et, lui, croit que la contrition est nécessaire. » Richelieu ajoute, d'ailleurs : « Et en ce qui regarde le mariage de Monsieur, toute la France s'étant rendue à mon désir, lui seul a eu la hardiesse d'y être contraire. » Doctrine et politique, tels sont, nettement exprimés, les deux mobiles de la décision prise à l'égard de Saint-Cvran.