SAINT-CYRAN HOMME DE PARTI
dans ses actes, il est contraint de prendre position entre les deux doctrines, parce que la lutte acharnée qui s'engage entre leurs partisans menace la paix religieuse et morale du Royaume. Ce n'est pas seulement le ministre qui pressent ce nouveau danger, c'est Tévêque, c'est le chrétien. Jamais, au cours des soixante années d'études consacrées à cette grande figure française, il ne nous a été donné d'approcher l'homme davantage et de le découvrir au dernier repli de son esprit et de son âme.
Richelieu a dit à Hardouin de Péréfixe que, si l'on eût arrêté, dès le début, Luther et Calvin, on eût épargné bien des maux à l'humanité. Cette pensée est assurément celle qui lui fit prendre en mai 1638, la résolution de faire enfermer Saint-Cyran à Vincennes. Mais l'intention du ministre était-elle d'aller plus loin et de sévir avec une rigueur absolue contre l'ami de sa jeunesse dont il avait reconnu, à diverses reprises, le mérite extraordinaire et les hautes vertus?
Ces hautes vertus, ces qualités du cœur et de l'intelligence, proclamées à diverses reprises par Richelieu, qui ont séduit tant d'âmes nobles, qui ont orienté toute une élite rigide en ses mœurs et en ses pensées, ne seraient pas mises à leur place et l'homme serait méconnu, si l'histoire ne s'élevait au-dessus de la querelle politique et théologique. On doit s'incliner devant des titres si respectables en les cherchant là où ils se sont manifestés, dans les entretiens, d'âme à âme, dans la prédication qui avait une si grande force de persuasion, et, surtout dans certains passages de ces écrits d'édification qui sont tellement au-dessus de toute littérature. Ainsi on peut donner une idée juste du prêtre qui fut, selon le mot de Sainte-Beuve, le directeur chrétien par excellence.
Mais, il ne faut pas que ce voile, tissé de fils si brillants, cache un travail politique qui n'était pas beau. Disons, pour être juste, que le cardinal prenait ses mesures à l'égard de l'homme de parti, non sans connaître et ménager le grand chrétien.
Une procédure par commissaires (c'était la manière du cardinal) fut donc ouverte contre Saint-Cyran. Laubardemont fut chargé de l'enquête. Des hommes de haute autorité, l'évèque de Langres, Vincent de Paul et d'autres, furent interrogés. L'enquête n'aboutit