‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 173 sur 367 · LA NOUVELLE LIGUE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE LIGUE

la frontière forcée, les armées défaites, les Flandres et la Picardie envahies, le pays rançonné, Paris à la merci d'un assaut, d'une surprise ennemie? Les flottes espagnoles sont maîtresses des deux mers; elles occupent les îles de Lérins pour débarquer leurs soldats sur la terre ferme, à Cannes. Partout l'ennemi : à Gênes, à Perpignan, à Fontarabie. La famille royale est, une fois encore, insurgée contre le Roi; Marie de Médicis, Gaston de France s'unissent à cette maison de Lorraine qui, appuyée sur l'Empire, a été, durant un demi-siècle, la rivale de la dynastie des Bourbons. Qui donc est visé, sinon ce jeune Roi, le fils de Henri IV, Louis XIII? Qui donc tient à la gorge l'unité française, sinon cette Europe impériale, allemande et espagnole que Rome a toujours soutenue et qu'elle soutient encore?

Et voici que des docteurs romains, flamands, français même, plus ou moins avoués ou désavoués, ont repris la polémique inlassable contre le droit royal et gallican, drapeau intangible des libertés françaises! L'Université, la Sorbonne, le Parlement, l'opinion, le Clergé lui-même s'émeuvent. Laissera-t-on cette nouvelle Ligue se dresser dans le Royaume, gagner les chaires, les confessionnaux, les conciles, les facultés, les groupes, les ambitions, la Cour? La laissera-t-on ébranler, renverser le trône royal? Qu'ont donc fait nos Rois Très Chrétiens pour attirer contre eux les atroces calomnies propagées par ces libelles venus de l'étranger ou inspirés par lui? Comment notre jeune Roi, Louis, fils du roi Henri restaurateur de la catholicité en France, ne se lèverait-il pas, quand il sent en son flanc ces atroces blessures que lui font les siens, sa propre famille, ses sujets, les partis... et Rome? Quels conseils, ses conseillers, interrogés par sa propre colère, vont-ils lui donner? Il se tourne vers eux (1).

Edmond Richer a écrit son livre. La question est posée en public. Richelieu prélat, ministre, est appelé à se prononcer. Nous avons dit ses premiers actes, depuis « le mariage d'Angle-

(t) Sur les mouvemonts profonds qui agitent le Royaume et sur la colère du Roi en présence de ces dangereuses polémiques, voir, pour le détail, le livre très nourri de M. Victor Martin : Le Gallicanisme politique et le Clergé de France, 1029, in-8°, notamment pages 234 et suivantes.

Page 1