LA TAXE DES AISÉS
officiers, sans loucher au revenu des particuliers et même sans demander aucune aliénation des fonds du Clergé, tous moyens extraordinaires auxquels vos prédécesseurs ont été obligés de recourir en de moindres guerres (1). »
Les choses, en fait, ne s'étaient pas arrangées. L'édit de 1636, qui revendiquait « le droit du Roi «, fut porté devant l'Assemblée du Clergé de 1640, réunie à Mantes, et présidée par Montchal, que l'on savait intraitable. L'Assemblée soutint son président qui refusait de payer, si bien que le Roi, conseillé par son ministre, pour avoir le dernier mot, fit expulser de l'Assemblée l'archevêque de Toulouse et quelques autres récalcitrants.
En présence de ces difficultés et la caisse étant vide, la finance dut parer à des nécessités urgentes; ce fut l'orgine de la « taxe des aisés », du fameux sol pour lii>re (promulgué le 28 décembre 1640); en un mot, d'autres contribuables, déjà surchargés, furent contraints de payer; par suite, des émeutes graves, des misères affreuses, accablant le peuple et le Royaume entier. Elles contribuèrent à l'impopularité qui frappa la mémoire de Richelieu. On ne pratiquait pas, alors, la politique des emprunts à fonds perdus, qualifiés de « perpétuels »; il fallait régler les comptes sur chaque budget annuel. On faisait la guerre au jour le jour et par petits paquets; mais elle durait trente ans!
L'affaire de l'amortissement se noya dans la misère du temps et du régime. Quant à Montchal, il répandit sa colère dans ses Mémoires sur le cardinal, qui n'en pouvait mais, et sur M. de Bulhon. L'histoire, qui sait que les deux hommes allaient de l'avant, ayant dans les yeux la vision de Rocroi, n'a pas à s'appesantir sur cette vilaine querelle.
La question du gallicanisme.
Indiquons enfin, un autre sujet où le rôle de Richelieu a été assez mal compris et expliqué par l'histoire : il s'agit de la fameuse querelle, non moins périmée, des Libertés de VÉglise gallicane,
(1) Testament politique, chap.
. LES TROIS GALLICANISMES 205
mise sur le tapis, alors, par le fameux livre du syndic de la Sorbonne, Edmond Richer.
Elle, avait été agitée, comme on le sait, depuis des siècles, et il ne peut être question d'en présenter ici même un simple exposé (1). Rappelons seulement qu'il y avait, de tradition, en France, un gallicanisme épiscopal, un gallicanisme parlementaire et un gallicanisme royal. C'est, en particulier, au sujet du gallicanisme épiscopal et du gallicanisme royal que Richelieu eut à prendre position. Il le fit dans un esprit d'apaisement et de conciliation qui contribua grandement à panser des blessures qui s'étaient envenimées à la suite de la publication du docteur Richer. L'ouvrage, qui parut au début du x\n^ siècle, — plusieurs fois réimprimé, expliqué, commenté au cours du règne de Louis XIII, — avait soulevé une des plus violentes crises d'opinion qu'aient connues ces temps tourmentés.
Richer, en réponse à certaines publications émanant d'un groupe de théologiens romains, propagandistes de l'infaillibilité pontificale, s'était attaché à démontrer les points suivants : que l'ÉgHse est à la fois un Etat monarchique, institué pour une fin surnaturelle et spirituelle, « tempéré par le souverain pasteur des âmes. Notre Seigneur Jésus-Christ «, et un gouvernement aristocratique, « le plus excellent de tous et le plus convenable à la nature »; que la monarchie absolue, que certains théologiens prétendent établir dans l'Église, est contraire à la loi de Dieu et à la fm de la société ecclésiastique; et, enfin, que le pouvoir que l'on veut donner à l'Église sur le temporel des princes est contraire à la loi naturelle (2).
En somme, la thèse de Richer exprimait le sentiment du gallicanisme épiscopal, qui réservait au Concile universel une autorité supérieure à celle du Pape et celui du gallicanisme royal, qui refu-
(1) Voir les deux ouvrages suivants consacrés à cette question : Gabriel Hanotaux, Études historiques sur le xvi^ et le xvii« siècle en France. La contre-révolution religieuse au xvie siècle, Hachette, in-12; et Théorie du Gallicanisme, Introduction au premier volume des Instructions données par les rois de France à leurs ambassadeurs auprès du Saint-Siège, Alcan, in-8.
(2) Voir, pour l'analyse beaucoup plus détaillée de l'ensemble de la doctrine : Dupin, Histoire ecclésiastique du xvi® siècle, tome I, pages 400 et suivantes, en contrôlant par les Mémoires chronologiques et dogmatiques du R. P. d'Avigny, année 1638, tome I*'