PAS DE RUPTURE AVEC ROME
moins ulcéré que lui-même, — il mettra en avant ces habiles et fidèles agents dont il a su s'entourer : ce prodigieux Père Joseph, ce doux et séduisant Lescot, cette adroite duchesse d'Aiguillon, au besoin ces intimidants Laiïemas, Laubardemont. Par ime savante longanimité, par ces longs silences qui tiennent en suspens l'inquiétude, par une constante surveillance, il laissera se découvrir les faiblesses et les trahisons mutuelles de ces adversaires sans vergogne, sans ressources et sans tête, et il les verra se précipiter d'eux-mêmes aux pièges qu'il a tendus sous leurs pas. Il ne se découvrira pas; il ne se prononcera pas, précisément puisqu'il est sommé de se prononcer. Richeriste avec Richer, parlementaire avec Mole contre les agités du Parlement, enfermant Saint-Cyran à Vincennes et lui offrant le pain et le miel de la capitulation, Jésuite s'il le faut avec les Jésuites, tous les moyens lui seront bons et, sur son lit de douleurs dans les colloques de Tarascon, sur le bateau qui remonte le Rhône, agacé par le bourdonnement de ce futile Cinq-Mars et de sa bande, qui ne l'emporteront pas en Paradis, veillant à tout, soutenant de son geste ferme ou enjôlant de ses promesses fructueuses, corrupteur de ces faciles corrompus (tel Henri, prince de Gondé), il arrivera à ses fins dont le but est clair comme la sagesse et la vérité : ne pas rompre avec Rome, mais ne pas se subordonner aune politique romaine qui ferait le jeu des adversaires du Royaume; tenir bien en mains une France gallicane et royale, mais nullement divisée de Rome, une France appui présent et futur à la fois des libertés germaniques et des libertés romaines.
Pour tout résumer, et sans entrer dans l'exposé impossible des rapports multiples du cardinal avec les hommes, avec les choses, avec les opinions, avec les passions, qu'il suffise de rappeler les faits capitaux et les grandes lignes.
Accablé par les soucis variés, et se renouvelant les uns les autres, de la guerre étrangère, des révoltes, des émeutes, des intrigues, du déficit financier, de la désorganisation des provinces et des armées, tourmenté par une inquiétude constante sur la fidélité du Roi, le cardinal contient Richer, s'efforce d'abord, en suivant sa propre conscience, d'obtenir la paix des consciences; il contient et tient Richer jusqu'à obtenir de lui un désaveu formel, comme il eût