‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 176 sur 367 · LA FIN DES DISCORDES RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

LA FIN DES DISCORDES RELIGIEUSES

voulu l'obtenir de Saint-Gyran. Le même partout, comme il eût voulu réunir les protestants, il eût voulu apaiser les jansénistes, puis les Jésuites, il eût voulu modérer les gallicans, les gens du Parlement et de la Sorbonne, les yeux tournés vers la grandeur française au dehors.

En Europe, mettant au-dessus de tout « les droits du Roi », fils aîné de l'Église, il saura, en tout cas, par une habileté suprême, éviter la rupture avec Rome, en même temps qu'il saura regrouper autour de la cause française les puissances protestantes, menacées par la domination austro-espagnole.

En revanche, il saura imposer à ses alliés, dans la victoire qu'obtient le génie militaire de Gustave-Adolphe, le respect du catholicisme en Allemagne, préparant ainsi l'ère des « libertés germaniques », libertés protégées par la France. Comme il l'avait fait déjà, à l'heure où il traitait avec l'Espagne, par crainte des protestants, et avec les protestants, par crainte de l'Espagne, le cardinal, ministre d'un Roi absolu et obéi, inaugurait ainsi l'avènement du monde moderne, en mettant fin aux discordes religieuses, et en obtenant, par une haute tolérance, le sage équilibre de la modération française.

Le Saint-Siège et la paix à tout prix.

« De dire si Pignerol se doit restituer ou non, je m'en dispenserai, étant éloigné comme je suis. Bien dirai-je, que s'il se garde et se met en l'état qu'on peut le mettre, le Roi a fait la plus grande conquête qui se puisse faire et aura lieu d'être arbitre et maître de l'Italie... La question consiste donc à examiner s'il vaut mieux acquérir la paix en rendant Pignerol que de la conserver avec une longue guerre qui obligera à tenir une forte armée en Piémont, une autre en Savoie avec la personne du Roi et une autre puissante en Champagne. Si on veut faire la paix, on la fera, non seulement sans honte, mais avec gloire. Mais, il y a à douter de la sûreté de l'Italie pour l'avenir...

« Si on me demande mon avis, le lieu où je suis me doit empêcher de le dire. Mais je dirai bien librement ou qu'il faut faire une vraie

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et solide réconciliation de Monsieur avec le Roi et la Reine et gagner les siens, en sorte qu'il ne reste aucun soupçon de part ni d'autre, ou faire la paix de Pignerol, car autrement nous ne ferons rien qui vaille.

« Si on se résout à la paix, il la faut faire promptement sans perdre un moment, tandis que les affaires du Roi sont en réputation. Si aussi, on se résout à la guerre, il faut attaquer la Savoie sans délai et le plus tôt qu'on le puisse faire sera toujours tard.

« Si le Roi se résout à la guerre, il faut quitter toute pensée de repos, d'épargne et de règlement au dedans du Royaume. Si d'autre part, on veut la paix, il faut quitter toute pensée d'Italie pour l'avenir et tâcher cependant de l'assurer, autant qu'on pourra, dans des conditions qui ne peuvent être qu'incertaines, et se contenter de la gloire présente que le Roi aura d'avoir maintenu par force M. de Mantoue en ses États contre la puissance de l'Empire, d'Espagne et de Savoie tout ensemble. » Et Richelieu, après un exposé non atténué des charges, des risques et des difficultés de la guerre, conclut sur ces paroles qui laissent percer la résolution fixée dès lors dans son esprit en vertu du principe : prévenir pour surprendre et ne pas être surpris : « Sa Majesté ne prendra pas, s'il lui plaît, les difficultés représentées en ce mémoire pour des impossibilités. Les grandes affaires ne sont jamais sans grande peine, auxquelles on ne peut pourvoir si on ne les prenait de loin (1). »

Telles sont, au mois de mai 1630, les bases de la discussion qui s'est engagée devant le Conseil. Le parti de la Reine mère, de Gaston, de Marillac, de Bérulle, manœuvre timidement pour empêcher qu'on ne précipite la rupture. Au fond Foccasion leur paraît bonne pour en finir avec Richelieu. Bérulle écrivait au cours de cette crise : « S'il y a dessein d'entrer dans le Milanais on a besoin d'en avoir un avis, secret (pourquoi secret? pour avertir qui?) pour, donner ordre aux frontières (quelles frontières?) Car il n'y a ni gens ni agents pour cela; et on les croit en mauvais état. » Et le 27 février : « Je dois vous avertir que, sur les divers bruits qui ont couru, j'ai vu la Reine mère en grande appréhension d'une guerre

(1) Voir l'intéressant article si fortement documenté de M. Pages : Richelieu et Marillac, deux politiques, dans Rci'ue historique, CLXXIX, I, pages 64 et suivantes.

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