‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 182 sur 367 · AMBITIONS D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

AMBITIONS D'ESPAGNE

politique, de la langue, des mœurs, de la religion (1). 11 faudrait citer ici à toutes pages, un ouvrage, pourtant d'inspiration assez modérée : Les araires qui sont aujourd'hui entre les maisons de France et d'Autriche : — il date même des années qui ont déjà infléchi les deux puissances vers la paix, — pour se rendre compte de la pointillerie de ces préséances, de ces concurrences, de ces colères que rien ne peut apaiser ou concilier. Ce mémoire conclut encore, en parlant de l'Espagne après huit ans de guerre : « Nos victoires ont enfin humilié et abaissé cette arrogance et ambition formidable au reste de la Chrétienté... Tellement qu'on les peut obhger à demander la paix, leur en présenter les articles et les traiter comme celui qui, ayant jeté son ennemi par terre, lui tient le poignard à la gorge et lui fait demander la vie (2). »

Une telle irritation subsistante, une expression si violente et si passionnée se retrouvent-elles dans la bouche des Espagnols? Oui? Bien plus : c'est toujours l'Espagne qui est la plus violente, la plus intolérante, la plus ambitieuse, c'est elle qui agite contre la France de Richelieu le brandon de la guerre, qui s'est refusée avec elle à toutes transactions, qui a empêché Vienne de composer, de sauver la paix quand il en était temps encore; c'est elle qui a entassé revendications sur revendications pour rendre toute négociation impossible; c'est elle qui, au dernier moment, alors que l'Europe entière appréhendait le grand conflit, s'est engagée résolument après Nordhngen aux hostilités qui rendent la guerre inévitable; ce sont les ministres espagnols qui réclament l'évacuation de Pignerol, de Casai, de Mantoue, de toutes les places occupées en Allemagne, la restitution des Etats du duc de Lorraine, et qui adresseront un ultimatum si les Français se maintiennent en Italie; c'est l'Espagne qui fait occuper Trêves par ses soldats; c'est elle qui prend l'initiative d'un traité d'alhance avec Ferdinand II contre Louis XIII,

(1) Sur les grandes aiïaires des « préséances » qui ne s'achevèrent que par la succession d'Espagne, voir : Raisons et causes de préséance entre la France et l'Espagne, présentées par Vignier.de Bar-sur-Seine, dès l'an 1589. Dédié à Sa Majesté, Paris, Olivier de Varennes, 1608, in-12.

(2) Recueil de lettres nouvelles dédié à Monseigneur le Cardinal de Richelieu, Lettres de Monsieur de Ralzac, page 324. Chez Toussaint Quinet, au Palais, in-S". Le privilège signé Cowart, 24 novembre 1633.

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