‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 197 sur 367 · LE PAPE AIME LE ROI ET LE ROYAUME · texte numérisé non relu

LE PAPE AIME LE ROI ET LE ROYAUME

toute particulière; il l'avait tenu enfant entre ses bras; il avait reçu ses caresses, il avait assisté à son baptême et il l'avait vu, si jeune arrivé au trône, réaliser son rêve par la destruction de l'hérésie des huguenots... Il faut ajouter, observe encore l'ambassadeur, que les raisons qu'avouait le Pape d'aimer le Roi et le Royaume, ne fermaient pas ses yeux sur les défauts de ce peuple, sa témérité, son inconstance, sa soif de nouveau; il n'ignorait pas cette ardeur qu'il y a chez les Français à défendre les intérêts de ceux qui savent les rechercher et se dire leurs amis. » Et l'ambassadeur ajoute « que quand le Pape lui signalait cette sorte d'intempérance indéniable chez le peuple français, il n'avait pu qu'en convenir, puisque la République de Venise elle-même en avait supporté les conséquences ».

L'avenir et la longueur du pontificat d'Urbain VIII devaient, dans leur ensemble favorable, justifier ces pronostics, mais faire reconnaître aussi certaines faiblesses du nouveau Pape. On lui reprocha par la suite de verser dans la préoccupation des intérêts temporels de l'État pontifical, jusqu'à entreprendre certaines guerres pour gagner quelques extensions territoriales, par exemple le duché d'Urbin, puis son entreprise sur Castro, dont l'échec aurait précipité sa mort, on devait lui reprocher aussi les excès de son népotisme, son goût, ou, si l'on veut, son besoin de l'argent, sa facilité à l'égard d'une administration insuffisamment surveillée par lui et qui abusa des pouvoirs qui lui étaient abandonnés. L'un des plus grands reproches enfin qui pèse sur sa mémoire est la condamnation du grand Galilée, prononcée par les tribunaux pontificaux, cruelle injustice que le Pape lui-même sut cependant pallier jusqu'à un certain point par les adoucissements qu'il apporta dans l'application d'une si dure condamnation. Urbain VIII étant parvenu en somme au trône pontifical, alors que la guerre de Trente ans ensanglantait l'Europe, il eut la gloire d'apporter au règlement de ces terribles événements une sagesse persévérante et trop méconnue. Comme l'avait prévu l'ambassadeur, il fut un défenseur vénitien, obstiné, et prudent de la paix chrétienne. Il ne se laissa entraîner ni par les sophismes de ses théologiens ni par les passions, — non toujours désintéressées, — de ses entourages, ni par la pression

LE DÉFENSEUR DE LA PALX CHRÉTIENNE ' .iS.)

ardente de l'Espagne et de l'Empire. Ainsi, il sauva l'Église; il sauva la Chrétienté, ayant d'ailleurs une conscience claire, active de ce que, pour arriver à ce résultat, lui apportait la haute et vigilante pensée chrétienne de Richelieu. Le cardinal duc lui-même, en sa manière brève et sans s'éloigner du point de vue politique, qui est sa chose à lui, ne nous cache pas ce qu'il pense du Pape dont il fut le contemporain et qui ne lui donna pas toujours une pleine et entière satisfaction : en 1629, alors que le passage du pas de Suse affirme la politique que la France va se déterniiner à suivre en Italie et, par suite, en Europe, il écrit : « Le Pape avoit fait l'impossible pour porter le Roi à venir en Italie, il témoigna une grande joie de son passage (à Suse). Il avoit, en effet, le cœur français, mais il étoit de naturel si timide, que, quoiqu'il haït les Espagnols à merveille, il n'osa jamais signer la hgue (la ligue des princes italiens proposée par la France (1), bien qu'il ne fût

question en icelle que de la conservation du repos de l'Italie (2). »

Ainsi le cardinal mesure le Pape à son aune, mais il faut en revanche essayer de prendre la mesure de Richelieu, lui-même, comme chrétien et comme serviteur de la France, dans ses rapports avec l'Éghse.

Sa robe, ses ouvrages, son action épiscopale parlent pour lui. Ceci dit, il faut tenir compte des circonstances et des actes : ses écrits doivent être considérés d'abord, puisqu'ils l'engagent devant l'opinion et devant la postérité. De toute évidence, ils ne comportent nullement l'injure qui lui a été faite d'un machiavélique faux semblant, les ouvrages d'édification auxquels il consacra les rares et douloureux loisirs de sa vie publique, sont des œuvres épiscopales. Sa nature n'est, d'ailleurs, ni dans l'artifice ni dans la tartuferie ; elle serait plutôt de vivacité, de roideur, de courage, de témérité.

(1) Vo r Dufour.

(2) Dès le premier jour Richelieu eut le sentiment des hautes qualités du futur Pape et des avantages qui en résulteraient pour la Chrétienté et piour la France. En septembre 1623, il écrivait au cardinal de Savoie pour le féliciter d'avoir contribué à l'élection de Barberini, le Pape Urbain VIII : « Le Roi en a reçu un contentement extrême, celui de la Reine sa mère n'a pas été moindre... Pour mon particulier, je me persuade que par sa prudence il tempérera les affaires d'Italie au point auquel le souhaitent tous les gens de bien... etc. ». Bibl. Nationale, Fonds français, Nouv. acq. n" 5131.

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