LE CORTÈGE ECCLÉSIASTIQUE DE RICHELIEU
l'hérésie et la violence des passions, appelait le frein de la raison, peuvent à peine être compris de notre temps. Richelieu ne s'en sépara jamais! Il nous apparaît entouré, par choix, d'un cortège ecclésiastique qui était sa compagnie permanente : parmi eux, ce Père Carré qui lui prêtait serment jiisqii'à la mort, le Père Bach, le Père Binet, le saint qui fut l'âme de ses magnifiques libéralités, saint Vincent de Paul, et tant d'autres. Au premier rang et dans son intimité absolue, le pauvre Père Joseph tant décrié, tant calomnié, finalement réhabilité, magnifié par l'histoire impartiale et qui doit être associé désormais à la gloire du cardinal, à toutes ses gloires (1).
« Près d'un saint François de Sales, d'un Bérulle, d'un saint Vincent de Paul, le Père Joseph apparaît comme un incomparable maître des consciences et des âmes : quel directeur pour ces Calvairiennes, qui sont ses fiUes, et qu'il aime, auxquelles il adresse ces lettres édifiantes qui évoquent d'avance le génie fort ou tendre de Bossuet ou de Fénelon!... Apprécié par Rome, soutenu par la France, son zèle accru par la grandeur du devoir, sa volonté de fer répandront ou maintiendront partout le nom de la France, et la grandeur de la religion chrétienne. Nous savons maintenant quel rôle ont joué les Missions dans l'expansion de la civilisation et dans l'adoucissement des contacts entre les humains. Eh bien! le Père Joseph fut, de cette œuvre sublime, l'un des plus ardents, des plus efficaces initiateurs et propagateurs (2). »
(1) Sur les relations de Richelieu avec les moines, voir un bon passage dans Deloche, La Maison du Cardinal de Richelieu, page 147, voir aussi, sur les services que lui rendaient les prêtres en général, le même ouvrage, page 78. Richelieu protège énergiquenient les moines, en 1633, contre l'évêque de Bellay. Voir les lettres imprimées échangées à cette occasion dans le volume des Affaires étrangères. France. Tome LX, folios 132 et suivants. Il n'est pas sans intérêt de signaler une lettre de Laffemas, alors intendant à Troyes, sur l'activité des moines dans la politique extérieure, citée par Deloche, page 146. En particulier sur le Père Joseph, il est à peine nécessaire de renvoyer à la lecture de Gustave Fagniez et du Père Dedouvres. Celui-ci a mis en lumière l'admirable génie initiateur et chrétien du champion de la croisade, du fondateur des Missions, du directeur des Calvairiennes, etc.. Il est à noter, pour préciser les relations entre Richelieu et le Père Joseph, que ce dernier apparaît comme un homme dévoué à la politique espagnole de Marie de Médicis jusqu'en 1624 (Voir Fagniez, tome I, pages 188 et suivantes). Mais dès que Richelieu recourt à lui, il est prêt, et il part (page 195). D'où l'observation si juste du nonce Spada : « Ce religieux subit l'influence du cardinal, plus qu'il ne se soumet à la sienne. »
(2) Abbé Dedouvres, Le Père Joseph de Paris, Capucin. V Éminence grise. Préface par Gabriel Hanotaux, tome I, page 9.