FOI DU CARDINAL DANS LA MISSION DE LA FRANCE
Combien était profonde la foi et haute l'inspiration de ces hommes, ces « conseillers » d'État, dont Richelieu, disait lui-môme : « Ils sont comme ceux qu'on condamne au supplice avec cette difîérence seulement que ceux-ci reçoivent la peine de leurs fautes et les autres de leur mérite (1). » Et pourquoi ne pas admettre que leur vocation et leur action ont quelque chose de « catholique » et de « mystique » dans le sens de ce qui est dirigé par la méditation intense du divin?
Le mystique et l 'homme d'action chez Richelieu.
Nous avons déjà exposé comment, au fort de leur carrière, Richelieu et le Père Joseph ont été en quelque sorte, envoûtés par le mystère. C'est à l'heure où la reprise de Corbie et la délivrance de Saint-Jean-de-Losne enlèvent un poids écrasant de la conscience de Richelieu.
Les paroles que le cardinal prononça alors sont-elles, oui ou non, celles d'un chrétien? même d'un mystique? Ne sont-elles pas la confirmation éclatante du conseil qu'il donnait au Roi, six mois auparavant, dès le 19 mai 1636 : « Faire un vœu à la Vierge avant que ses armées commencent à travailler. » Le Roi lui-même écrivait au cardinal le 21 mai, de Fontainebleau : « Je trouve très bon de faire le vœu à la façon que vous le mandez dans votre mémoire du 19 mai. » L'accomplissement eut lieu en 1638 (2).
Qui croira que le Roi, et son ministre n'eussent pas la même foi dans la mission de la France, Gesta Dei per Francos?
En ces temps où la France, s'arrachant par un effort de volonté suprême aux grands dissentiments religieux, se sentait libérée pour les hautes missions qui sourdaient en elle, combien trouverait-on d'esprits élevés dont les regards ne fussent tournés vers la Divinité? L'ouvrage imposant et puissant de l'abbé Bremond sur le sentiment religieux en France au xvi^ et au xvii^ siècles, ne tombe-t-il pas dans la balance de l'histoire comme une masse décisive? Il ne faut pas
(1) Testament Politique de Richelieu : Quelle doit être la probité du Conseiller d'État. I^Jdition Fonccmagne, page 275.
(2) Voir ci-desaus, tomo V, page 171.